Contardo Ferrini
Lac, Bienheureux
1859-1902

17

OCTOBRE

Contardo naquit le 4 avril 1859, un an jour pour jour après le mariage chrétien de ses parents, Rinaldo Ferrini et Luigia Buccellati. Le père était professeur de physique générale et de technologie au Politecnico de Milan, et passa à son fils la contagion du travail acharné et persévérant. Contardo fut baptisé le jour-même de sa naissance.

Il ne fut pas, comme on l’écrit parfois de certains Saints médiévaux, “consommé en sainteté dès le plus jeune âge” ; polisson à sa manière, il ne se fit pas scrupule de jeter un jour au fond du puits une paire de pantoufles, cédant à quelque caprice coléreux ou même seulement pour “jouer un tour” mal placé.

Toujours est-il qu’il fit la première Communion à douze ans, l’âge habituel à cette époque. Dans quels sentiments ? On peut en avoir une intuition par ce qu’il écrivit quelques années plus tard à sa sœur cadette, qui à son tour se préparait à communier pour la première fois :

“Un pacte éternel, ineffable, où nous nous engageons à ne vouloir que le bien…, une promesse d’impérissable amour qui nous fasse passer à travers le monde sans pouvoir comprendre même comment le mal y soit possible ; après quoi il ne reste plus qu’à soupirer vers la plénitude de notre adoration dans le ciel.”

A l’école, Contardo se fit remarquer par une mémoire prodigieuse, une habileté à versifier et à saisir les choses abstraites. On le surnommait Aristote. Jeune lycéen, il s’en alla demander des leçons d’hébreu, de syriaque, de sanscrit et de copte. A dix-sept ans, on le trouve à Pavie étudiant de droit auprès de son oncle, don Buccellati, professeur de droit pénal.

Contardo était pensionnaire du collège Borromeo, où les horaires et la discipline pouvaient faire penser à Oxford ou Cambridge, mais aussi où les élèves avaient comme partout leur langage, leurs grivoiseries. Contardo les évita scrupuleusement. En hiver, quand seules les salles communes étaient chauffées, il préférait rester dans sa chambre :

“Seigneur, plutôt le malheur que la faute ; une vie entière de larmes qu’une heure de rire inconvenant.”

On rejoint ici la résolution du jeune Domenico Savio : “La mort, mais pas le péché” 1. La moindre allusion douteuse amenait sur sa figure une grimace. Il ne regardait jamais les gens en face, n’allait pas aux fêtes mondaines, aux soirées. En wagon, un vis-à-vis féminin l’incitait à changer de place. Jeune, il portait un cilice et se confessait tous les jours. Le futur Pie XI, qui le connut bien quand il n’était que Mgr Ratti, écrivait de lui :

“(On avait) l’impression de quelque chose de vraiment délicat en fait de vertu et de vraiment virginal, qui se dégageait de toute sa personne”.

Avec le temps, Contardo s’affirma dans la paix et fut moins tendu. Au reste, il ne voulait pas être mélancolique. Il s’efforçait de garder le sourire, ce sourire dont il écrivit un jour que “c’est souvent un acte d’héroïsme, le comble de l’abnégation.” L’été 1881, à vingt-deux ans, il fit le vœu de chasteté, avec l’approbation de son directeur de conscience.

Sa thèse de doctorat brillamment soutenue à Pavie en 1880 lui valut une bourse de voyage. Il avait présenté une savante dissertation en latin sur l’importance d’Homère et d’Hésiode pour l’histoire du droit pénal. Il alla d’abord à Berlin, fréquenta de grands juristes qui l’apprécièrent particulièrement. Le professeur luthérien von Lingenthal devait le choisir pour héritier de son œuvre scientifique.

Contardo n’avait pas d’ambitions humaines, lucratives, mondaines. Il voulait trouver et enseigner la vérité. Il préféra se spécialiser dans des matières ardues comme le droit pénal romain et le droit byzantin.

En 1881, il entreprit une édition critique de la paraphrase grecque des Institutes de Justinien, et dut en chercher les manuscrits à Copenhague, Paris, Rome, Florence et Turin. En 1883, il fut chargé à Pavie d’un cours d’histoire du droit pénal romain, puis on créa pour lui une chaire d’exégèse des sources du droit romain. On le voit enseigner à Messine en 1887, à Modène en 1890, de nouveau à Pavie en 1894, où il enseigna le droit romain, le droit et la procédure pénale, l’histoire du droit pénal romain, les institutions du droit romain, et fit aussi un cours libre pour l’exégèse des Institutes de Justinien, son cours de prédilection.
Ses élèves appréciaient ce professeur qui savait se mettre à leur disposition. Hors des cours, Contardo était affable, doux, toujours disposé à conseiller et à aider. C’était un travailleur acharné, dont Mgr Ratti - déjà cité, écrivait :

“Un travail scientifique au suprême degré… que Ferrini accomplissait avec un zèle passionné, mais que l’on peut bien classer parmi les plus arides, se déroulant presque tout entier sur des textes antiques, des écritures difficiles à déchiffrer et encore plus difficiles à comprendre… Il lisait à première vue… du latin, du grec, du syriaque ; car il passait avec la plus grande aisance d’une langue à l’autre.”

Contardo s’affirma, s’imposa avec une douceur humble. Sa docilité aux directions pontificales fut irréprochable. En 1895 il fut élu conseiller municipal de Milan et se montra excellent dans cette charge, luttant vaillamment pour les bonnes causes de son temps, contre le divorce et pour sauver l’enfance abandonnée.

En famille, ce savant restait petit garçon prêt aux menues corvées que lui commandait sa mère. Il laissait son travail pour mettre la table ou descendre à la cave, plaquait ses livres pour ramasser du bois. Pour son père il avait un profond respect. Souverainement discret, s’il recevait quelque compliment, il répondait avec un sourire “Lascia andare !”, littéralement “Laisse aller”, comme pour dire : aucune importance.

Il avait le sens de la liturgie, savait faire honneur à la messe quotidienne ; son immersion dans la contemplation du Tabernacle avait quelque chose de l’extase, durant laquelle on pouvait lui dérober même son manteau sans qu’il réagît. Détaché de la terre, il prêta sans difficulté à un ami toutes ses économies, quelque chose comme 30 000 francs or, que l’autre engloutit dans une mauvaise affaire ; aucune protestation de la part de notre Contardo.

Il avait un horaire quotidien très réglé. A Pavie il logeait chez sa sœur, à trois kilomètres de la ville. Levé à cinq heures et demie ou six heures, il regagnait sa chambre à vingt-deux heures. Il faisait ses dévotions à Pavie, déjeunait chez son beau-frère et faisait son cours en veston sombre et gants noirs. Fini son travail, il allait à la bibliothèque ou à l’église. Il rencontrait l’évêque, recevait les élèves qui voulaient lui parler, rentrait à pied chez sa sœur. La soirée s’achevait par le chapelet en famille. Un dimanche qu’on le demandait, le portier répondit : “Les jours de fête, le professeur n’est pas facile à trouver chez lui. Il est toujours à l’église, où il a tant de choses à faire.”

Tertiaire franciscain, il s’était fait un petit règlement de vie :

“… Je chercherai à être un modèle de mansuétude, de douceur, de charité et d’humilité. Je réparerai chaque manquement par un redoublement d’attention… Pour le café, je me tiendrai indifférent et, si possible, je ne le sucrerai pas… Je résisterai au désir des sucreries… Durant le jour, je ferai une visite à Jésus dans le Saint Sacrement… Je me tiendrai en union avec lui tout le jour par de fréquentes aspirations et une grande pureté d’intention… La charité spirituelle pour les autres sera mon premier souci…”

Voyons s’il réussit dans ces intentions, en lisant ce qu’en décrivait le même Mgr Ratti :

“De moyenne stature, solide, harmonieuse, élégante de ligne ; le pas rapide, mais ferme, le pas d’un marcheur qui en a l’habitude et qui sait où il va ; la plume toujours prête et savante, la parole aisée et persuasive ; sur le visage un air de gaieté toujours égale et qui ne l’abandonna jamais jusqu’à la veille de sa mort ; mais surtout, sur ce visage, un rayonnement de pureté et d’aimable jeunesse. Son regard avait toutes les douceurs de la bonté de son cœur excellent ; ses yeux, son vaste front portaient l’éclatant reflet d’une intelligence vraiment souveraine.”

On complétera ce beau portrait un ajoutant qu’il portait de fortes moustaches, une barbe dense, assez courte, plutôt en pointe, de coloration foncée et des cheveux courts. En somme, un homme soigné, propre, qui faisait honneur à ses interlocuteurs.

Une fièvre typhoïde l’enleva rapidement à Suna (près de Novare), en 1902, quand il n’avait que quarante-trois ans. On a pu le comparer au Bienheureux Ozanam, mort jeune aussi en 1853, et père infatigable des Conférences Saint-Vincent-de-Paul.

Contardo Ferrini a été béatifié en 1947. Il est mentionné au Martyrologe Romain au jour de sa mort, le 17 octobre.


1 Saint Domenico Savio, mort à quinze ans, est au Martyrologe Romain le 9 mars. Il est le Patron de la jeunesse.

 

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