LA VOCATION DE SAINT JEAN ET DE SAINT ANDRÉ

 

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Parfois nous avons envie de savoir comment les apôtres ont accueilli leur vocation. Pour la plupart d'entre eux, les Évangiles sont assez discrets. Mais pour André et Jean de Zébédée, les choses sont plus claires: suivons-les…

André et Jean sont deux jeunes apôtres du Baptiste. Dans la famille Zébédée on attendait le Messie; on l'attendait même beaucoup. D'ailleurs le Messie devait maintenant être tout proche car le prophète Jean le Baptiste ne cessait de proclamer la nécessité de la conversion du peuple juif. Il devait bien y avoir une raison à cela. Certes, il y avait, chez les juifs, beaucoup de gens qui se rapprochaient un peu trop des Grecs et des Romains. Leurs idoles envahissaient déjà les rues des grandes villes, mais le peuple était encore fidèle... Pourtant les saducéens prêchaient la collaboration avec les Romains. Oh! Certes, ce n'était pas pour accueillir leurs idoles… mais on ne sait jamais: et il valait mieux être prudent. Et le Baptiste Jean, dans son Jourdain, ne parlait pas la langue de bois, lui. Il osait même dire des vérités qui ne devaient pas plaire à tout le monde...

Dans la famille Zébédée, on parlait souvent de toutes ces choses, et Monsieur de Zébédée aimait voir son dernier fils, encore bien jeune, s'en aller écouter les enseignements du Baptiste. Et puis Jean n'y allait pas seul: il était souvent accompagné par l'un de ses amis, André, frère d'un autre pécheur de Capharnaüm. Et ce garçon, André, était vraiment très gentil et de bon conseil...

Ce jour–là, il y avait encore peu de monde autour du Baptiste; aussi Jean et André se rapprochèrent-ils du Baptiste qui était en train de s'entretenir avec un grand personnage vêtu de blanc. Le Baptiste semblait vouloir refuser de le baptiser. Pourquoi donc? Mais voici que, soudain, curieusement, le Baptiste s'inclina profondément; et il se décida à baptiser l'homme en blanc. Mais que se passait-il? Une voix qui semblait un tonnerre, une voix comme venue du ciel déclara: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le." Et le ciel semblait s'ouvrir... Jean et André se serrèrent l'un contre l'autre, étonnamment émus. Ils auraient bien voulu  avancer, mais ils n'osaient pas... Ils regardaient le ciel intensément et ils virent une jolie colombe se stabiliser au-dessus de la tête de l'Homme; Jean le Baptiste semblait rempli d'adoration. Voici qu'il baisa les mains de l'Homme… et on aurait dit qu'il pleurait. Jean et André continuaient à contempler cette scène incroyable; ils étaient comme pétrifiés. Puis l'Homme en blanc s'en alla...

Jean et André se rapprochèrent du Baptiste qui se contenta de montrer l'homme en blanc et de dire à ses deux jeunes disciples:

– Voici l'Agneau de Dieu.

Les deux jeunes garçons se regardent, regardent Jean mais ne disent rien. Alors, montrant l'homme d'un geste énergique, Jean le Baptiste déclare:

– C'est l'Agneau de Dieu... Allez à Lui...

Les deux jeunes interrogent Jean du regard. Et Jean insiste:

– C'est l'Agneau de Dieu...

Alors André et son ami Jean s'éloignèrent du Baptiste et se mirent à suivre l'Homme. Ils suivaient l'Homme, mais discrètement et de loin, car ils étaient vraiment très intimidés... Soudain l'Homme se retourna et leur dit:

– Que cherchez-vous?

André et Jean trop intimidés se taisent. L'homme insiste:

– Qui cherchez-vous?

Nos deux jeunes gens se voyant découverts ne savent plus quoi dire, et ils bafouillent:

– Où habites-tu?

– Venez et voyez, répondit l'Homme.

André et son ami Jean s'approchèrent et suivirent Jésus. Ils resteront plusieurs heures avec Lui. Que se dirent-ils? L'Évangile ne nous le dit pas, mais nous pouvons imaginer que nos jeunes amis se sont mis à parler du Messie qu'ils attendaient avec impatience. Qu'est-ce que Jésus leur a répondu? Probablement a–t-il commencé par revoir avec eux quelques prophéties le concernant: Isaïe et Michée, entre autres. Jésus dit:

– Vos parents doivent se souvenir de ce qui s'est passé à Bethléem il y a une trentaine d'années.

– Ah! Oui! Quand le maudit roi Hérode a fait tuer de nombreux petits enfants parce qu'il croyait que des mages venus d'Orient avaient découvert le grand Roi qui sauverait le monde. Si les mages avaient dit vrai, alors, le petit roi qu'ils étaient venus adorer, était mort lui aussi... Il ne pouvait pas échapper aux bourreaux d'Hérode...

-Si, affirme l'Homme. L'enfant a échappé à la cruelle mort, car des anges avaient prévenu ses parents qui ont pu se réfugier en Égypte. Souvenez-vous du prophète disant: "d'Égypte j'ai ramené mon Fils."

Soudain nos deux jeunes garçons tressaillent:

– Mais alors, si ce roi n'est pas mort, où est-il maintenant? Qui nous le fera découvrir?

La conversation se poursuivit, de plus en plus haletante. Et à une question posée sur la nature du Messie, et comment ils pourront le reconnaître, Jésus, déclara:

– Je le suis, Moi qui vous parle! Allez porter la bonne nouvelle à vos amis.

Jean et André se levèrent sur un geste net de Jésus, et se mirent à courir. Il faisait nuit, mais qu'importe. Jean de Zébédée arriva chez ses parents:

-Nous avons trouvé le Messie! Voici ce qu'il nous a dit...

André, de son côté se précipita chez son frère Simon qui se montra un peu perplexe. Mais vue l'insistance d'André, il se leva et accompagné d'André il alla chez Jésus. Dès que Jésus aperçut Simon, Il dit:

– Tu es Simon; désormais, tu t'appelleras Pierre... et tu deviendras un pécheur d'hommes. Simon-Pierre regarda alternativement Jésus, puis son frère André: visiblement, il ne comprenait pas.

Retournons chez Jean. Dès qu'il eut achevé ses explications, ses parents crurent en ses paroles. La famille Zébédée ne douta pas une seule seconde. Le Père Zébédée dit même à ses fils:

– Moi, je ne peux pas suivre cet homme. J'ai trop de responsabilités avec mon entreprise et j'ai des hommes à faire travailler, mais vous, les deux jeunes, toi Jacques, et toi Jean, pourquoi n'iriez-vous pas, demain, retrouver Jésus?

Aussi, le jour suivant Jacques et Jean retournèrent-ils chez Jésus.

Jean et son frère Jacques étaient partis retrouver Jésus. Dès qu'ils arrivèrent près de la maison où habitait Jésus, ils virent André et Simon-Pierre qui étaient déjà en grande conversation avec Jésus. Jésus accueillit les nouveaux venus et leur fit signe de s'asseoir, puis s'adressant à ses quatre futurs apôtres, Il dit:

– Qui êtes-vous venu voir? Le Messie... Je vous le dis, c'est Moi. Le Fils de l'Homme dont parle le prophète Daniel, je Le suis. Vous ne verrez pas tout de suite les anges venir Le servir, car avant, Je dois annoncer la Bonne Nouvelle de Dieu dans le pays tout entier. Puis le Fils de l'Homme aura beaucoup à souffrir avant de retourner vers le Père.

Les quatre amis se regardèrent: ils ne comprenaient pas très bien. Jésus, voyant leur désarroi, reprit la parole et leur dit:

– Repensez au prophète Isaïe. N'a-t-il pas parlé d'un Serviteur souffrant? Mais le Serviteur sera vainqueur de toutes les embûches que les méchants mettront sur son chemin. Ne craignez pas. Dieu sera toujours avec l'Agneau de Dieu que le Baptiste vous a désigné hier en me montrant. Et vous avez cru les paroles du Baptiste. Croyez aussi les miennes: le Fils de l'Homme est venu sauver ce qui était perdu.

Après un long moment de silence, une nouvelle conversation s'engagea, animée, et Jésus répondit à toutes les questions des quatre amis:

– Oui, je dois partir d'ici; oui, il me faut aller vers les pauvres. Non je ne suis pas venu pour condamner le monde mais pour le libérer des entraves du démon. Comment? Par la simplicité de mes paroles, par la mise en œuvre de la bonté du Père: les aveugles verront, les boiteux marcheront...

Des questions fusèrent de nouveau, et le thème de la royauté en Israël fut abordé:

– Oui, le fils de l'Homme est le roi des juifs, mais son Royaume n'est pas de ce monde... Je ne suis pas venu pour chasser les Romains, mais pour qu'eux aussi connaissent le vrai Dieu. Toutes les nations devront être enseignées, et ce sera votre tâche, à vous mes amis, si vous acceptez de Me suivre. Revenez demain. Si vous avez des amis, amenez-les avec vous, et nous partirons ensemble. Nous commencerons à rencontrer tous ceux qui m'attendent, puis nous irons à Cana où je dois bénir de jeunes mariés.

Les quatre futurs apôtres étaient bousculés au plus profond d'eux-mêmes. Que devaient-ils faire maintenant? André et Simon-Pierre allèrent trouver Nathanaël qui semblait plus que réticent. Le Père Zébédée, que ses fils avaient convaincu, partit bavarder avec ses amis Philippe et Thomas. La maman Zébédée encouragea ses enfants...

Le lendemain matin, dès l'aube, sept personnes attendaient sur le seuil de la maison de Jésus. Elles se taisaient pour ne pas réveiller le voisinage; mais Jésus sortit et s'adressa immédiatement à Nathanaël:

– Voici un véritable israélite!...

– Comment me connais-Tu, interrogea Nathanaël qui recula; mais Jésus poursuivit:

– Ne crains pas: quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu...

Nathanaël ne répondit rien, mais s'inclina profondément devant Jésus. Puis le petit groupe s'en alla, discrètement.

Dans quelques jours ils seront tous à Cana où Jésus manifestera sa gloire. Alors ils n'auront plus peur et ils croiront en Lui. Désormais ils Le suivront partout où Il ira.

Paulette Leblanc

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