LA VIE MYSTIQUE
DE LA SAINTE FAMILLE

Mes chers amis, je vais encore une fois vous parler de la mystique, mais, cette fois, en vous parlant de la Sainte Famille. Nous ne pouvons nier que Jésus fut le plus grand de tous les mystiques, et force est pour nous, de constater qu'Il a fait de nombreux émules. Tout au long de sa vie publique, Il a d'abord soigneusement formé ses apôtres qui, à leur tour, ont formé d'autres disciples. Et l'on a vu apparaître les martyrs et les saints, ces saints que l'on appelle souvent des mystiques. Tous les saints, selon leur tempérament ou leur vocation propre, ont vécu des expériences semblables de rencontre et d'union à Dieu. On peut citer, en vrac, Mechtilde et Gertrude d'Helfta, Ruysbrœck, Jean Eudes, Louis-Marie Grignion de Montfort, Paul de la Croix, Dina Bélanger, Marthe Robin et Alexandrina de Balasar, et tant d'autres... Leurs écrits, ou les récits qu'ils ont dû faire, même s'ils sont différents compte tenu du style, des époques, de leur histoire ou de leurs œuvres, leurs récits sont tous concordants sur les points fondamentaux: ceux qui ont vécu ces expériences  ne peuvent pas les raconter car ils n'ont pas les mots pour le dire, mais ils savent qu'ils doivent aussi réparer, faire pénitence, et accomplir des œuvres. Et par dessus tout, ils demandent tous des souffrances. Alors là, nous nous troublons, nous ne comprenons plus: vraiment ces saints sont admirables, mais qui pourra les imiter?

Les saints ne réussissent pas à s'expliquer, et nous, nous aimerions bien comprendre. Pourtant, il doit bien exister un modèle, une personne qui fut d'une grande sainteté mais dont la vie fut une vie tout à fait semblable à la nôtre... Un nom surgit dans notre esprit: la Vierge Marie. C'est vrai, la vie de Marie fut une vie tout ordinaire, mais quelle sainteté, quelle union à Dieu! Contemplons Marie et suivons-la durant sa vie terrestre.

Marie ne fut d'abord qu'une toute petite fille, mais elle aimait déjà Dieu et son bonheur fut d'aller "se présenter et 'faire ses études'", dans le Temple de Dieu. À peine adulte, on la maria à Joseph... Mais sa confiance en Dieu était si grande qu'elle accepta Joseph, lui aussi consacré à Dieu. Ils resteraient vierges toute leur vie. Bientôt l'ange Gabriel vint la saluer et l'informer: elle devait devenir la Mère du Sauveur. Qu'elle ne craigne rien, l'Esprit-Saint la couvrirait de son ombre et sa virginité serait éternelle. Servante du Seigneur, Marie dit: "Oui!", et elle fut enceinte. Marie a rencontré Dieu, est entrée en Dieu, a vu et contemplé Dieu comme aucune créature ne l'avait fait et ne le fera jamais, car la Parole de Dieu était entrée en elle. Son émerveillement fut indescriptible et sa joie infinie. Mais maintenant elle devait "sortir" pour aller assister sa cousine Élisabeth enceinte de six mois...

Marie "sortit". Elle s'occupa d'Élisabeth et du petit Jean, puis elle revint à Nazareth. L'ange du Seigneur rassura Joseph: "Qu'il n'ait aucune inquiétude; qu'il prenne Marie pour épouse car ce qui est en elle vient du Seigneur. Et lui, Joseph, il donnera le nom de Jésus au petit enfant de Marie qui naîtra bientôt, à Bethléem, selon les écritures..."

Joseph ne comprenait rien, mais il accepta. Et il vit des merveilles, et parmi ces merveilles, la naissance du petit Jésus, à Bethléem, grâce au recensement, caprice orgueilleux de l'empereur romain!!! Ce sont des bergers qui accueillirent l'Enfant, et bientôt viendront les Mages. Le monde entier était là, présent: des pauvres et des riches, des ignorants et des savants, et toutes les nations. Le bonheur de Marie était immense.

Mais bientôt vinrent les épreuves. Il fallut fuir en Égypte car la vie de l'Enfant était déjà menacée. Et grande sera la souffrance de Marie quand elle apprendra que de nombreux petits enfants avaient été massacrés, sur l'ordre d'Hérode qui voulait être sûr d'être bien débarrassé du Roi des Juifs... La vie fut laborieuse en Égypte, mais le petit Enfant était si gentil, si drôle parfois, et aussi tellement en avance sur son âge, que les voisins, qui s'émerveillaient, venaient toujours apporter ce qui manquait à la sainte famille. De plus, Joseph travaillait si bien que de nombreuses personnes venaient à lui pour lui confier des petits travaux... Mais un jour, Joseph eut un songe: il devait rentrer à Nazareth: ceux qui en voulaient à la vie de l'Enfant étaient morts...

À Nazareth, la vie de la sainte Famille reprit, sans nul éclat, comme vivaient tous leurs contemporains à Nazareth. Rien d'extraordinaire ne se passait, jusqu'au jour où Jésus, ayant atteint l'âge de douze ans, dût "passer" ses examens au Temple de Jérusalem, comme tous les garçons de son âge ayant atteint leur majorité. Les examens de Jésus se passèrent très bien et Joseph était vraiment fier de son Fils. D'ailleurs les docteurs et les scribes ne se privaient pas pour lui témoigner leur admiration. Même le grand Hallel et son disciple Gamaliel, ne tarissaient pas d'éloges... Mais il fallait rentrer à Nazareth. Selon la coutume, les familles se scindèrent en deux: les femmes et les enfants d'un côté, et les hommes de l'autre. Jésus n'était pas avec Marie qui ne s'inquiéta pas: devenu majeur, Jésus était certainement avec Joseph. Joseph qui avait l'habitude d'être toujours avec les groupes d'hommes quand il rentrait de Jérusalem ne remarqua même pas que Jésus n'était pas avec lui: Jésus ne pouvait être qu'avec les femmes et les enfants...

Mais le soir, lorsque les familles se reconstituèrent, Jésus ne rejoignit pas ses parents... Mon Dieu, où était-il? Marie et Joseph retournèrent à Jérusalem, morts d'inquiétude. Pendant trois jours ils cherchèrent le "petit". Enfin, ils le retrouvèrent dans le Temple, enseignant les docteurs et répondant à toutes leurs questions. Marie ne put s'empêcher de gémir: -Mon enfant... depuis trois jours nous te cherchons, ton père et moi...

– Vous me cherchiez? – s'étonna Jésus. Ne savez-vous pas que je dois être au service des affaires de mon Père ? – ajouta-il en montrant le Ciel.

Joseph ne répondit pas. Il s'était tellement habitué à la présence de cet enfant si parfait qu'il avait oublié qu'il n'en était que le père adoptif…

La Sainte Famille rentra à Nazareth, et Jésus leur fut soumis. Marie, après cette lourde épreuve fut de nouveau heureuse dans sa vie quotidienne, ordinaire mais priante, car les juifs de cette époque priaient beaucoup. Ils devaient même dire une petite prière pour chacun des actes ordinaires de la vie, même les plus humbles. Oui, les juifs de cette époque vivaient avec Dieu. Mais un jour Joseph mourut: il devait retourner vers le Père du Ciel. Jésus qui avait assisté Joseph d'une manière admirable, consola la maman... et la vie ordinaire, celle de tous les jours, reprit son cours. Jésus travailla dans l'atelier de Joseph, il gagnait correctement sa vie et Marie continuait sa vie de femme juive dans sa perfection...

Si l'on contemple Marie un peu longuement, on ne peut que constater que Marie a vécu une vie toute simple de femme et de mère de famille. Elle a eu ses épreuves, comme tout le monde, mais après tout, rien d'extraordinaire dans sa sainteté et sa fidélité à ses devoirs... Oui, Marie était vraiment pour tous les hommes un modèle imitable... jusqu'au jour où Jésus dût la quitter, et partir pour accomplir sa mission. Quelle mission? Marie ne savait pas, mais elle se souvint alors des paroles du vieillard Siméon: "Un glaive de douleur te transpercera le cœur." L'Heure était-elle arrivée? Marie ne dit rien à Jésus, elle retint ses larmes et le laissa partir. Mais à chacune de ses épreuves Marie se rapprochait de Dieu. Elle prenait curieusement conscience de la présence de ce Dieu plein d'amour qui venait la rencontrer, elle la simple Servante du Seigneur; la douleur qui étreignait alors son cœur était à chaque fois comme un pas d'amour vers le Dieu plein d'Amour l'appelant de nouveau. Tout cela, cette vie ordinaire si accomplie, cette union à Dieu si simple tout en étant si parfaite, tout cela est-il vraiment imitable? Oui, Marie est imitable, car elle ne faisait rien d'extraordinaire. Oui, Marie est vraiment notre modèle.

Revenons à Jésus. Avant de commencer sa vie publique, il doit recevoir les dons du Père. Certes, Jésus, Parole de Dieu incarnée, est né de Dieu, miraculeusement d'une Vierge sainte, mais il doit maintenant recevoir l'Esprit qui donnera force à sa parole de prophète et de thaumaturge. Jésus rencontre donc Jean, le Baptiste, dans le Jourdain. Les deux cousins se connaissent bien, mais Jean ne connaît pas la véritable nature de Jésus. Jean ne sait pas encore que Dieu Un, unique, Dieu qu'il adore et qu'il aime, Jean ne sait pas encore que Dieu est Trine, et que Jésus, son cousin, en plus de sa nature humaine a aussi une nature divine, celle du Verbe de Dieu. Bientôt Jean le Baptiste le saura, car Dieu Unique va se révéler à lui, dans sa vérité totale, sa sainte Trinité. Jean voit Jésus, il entend le Père dire: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour" Et Jean voit l'Esprit se poser sur Jésus, sous la forme d'une colombe. Aujourd'hui, la Trinité est visible. Elle ne le sera plus que bien plus tard, quand Jésus se transfigurera. Jean le Baptiste, Jean le Précurseur envoie maintenant ses disciples vers Jésus qui se prépare à aller, selon l'Évangile de saint Jean, à Cana, à des noces auxquelles sa Mère est invitée.

Jésus, accompagné de ses premiers disciples était à Cana quand le vin vint à manquer. Marie s'inquiéta: "Ils n'ont plus de vin!" dit-elle à Jésus qui parut indifférent. Jésus agit ainsi parce qu'il fallait que ses premiers disciples soient dûment informés, et qu'ils voient le miracle qu'il allait accomplir. Marie ne se trouble pas; elle va vers les serviteurs et insiste: "Faites tout ce qu'il vous dira." Ce n'est pas bien compliqué. Ce n'est pas compliqué; c'est même un peu trop simple, car Jésus vient leur demander de remplir d'eau les cruches qui sont là, et dont le contenu doit normalement servir aux ablutions. Mais ils doivent connaître Marie; aussi ne s'étonnent-ils pas quand Jésus leur demande de remplir les cruches, et ils s'exécutent, un peu inquiets toutefois, quand Jésus leur demande ensuite d'en porter au Maître d'hôtel. Ils sont encore bien plus étonnés quand ils voient le Maître d'hôtel s'extasier devant la qualité unique du vin qu'ils vont devoir servir maintenant aux invités.

Les disciples aussi boivent de ce vin. Ils regardent Marie, ils regardent Jésus. Jésus leur fait signe de partir, car il n'a plus rien à faire ici... Bouleversés au plus profond d'eux-mêmes, les futurs apôtres savent qu'ils peuvent suivre Jésus. D'ailleurs ils voient Marie leur faire signe de se mettre en route, et sans même s'en rendre compte, ils s'en vont, car ils sont déjà pleins de confiance envers cette femme étonnante. Pourtant, ce n'est pas elle qui a accompli le miracle, mais son Fils. Elle, elle s'est contenté de dire: "Faites tout ce qu'il vous dira..." Rien de compliqué en Marie: il faut juste la regarder, et faire ce que son Fils Jésus demande.

Les premiers disciples ont suivi Jésus. Désormais ils feront tout ce qu'Il leur dira, tout ce qu'Il leur demandera, écoutant dans leur cœur la parole de Marie. Parfois ils auront des faiblesses, voire des lâchetés ou des reniements quand ce sera l'Heure de Jésus, l'Heure de la Croix, mais après la Résurrection de leur Maître, quand ils auront reçu l'Esprit, et quand ils célébreront la Fraction du pain, ils reconnaîtront dans le Pain Eucharistique, la présence de leur Maître adoré, la présence de Dieu; et eux aussi, suivant Jésus, ils prendront le chemin de leur croix.

Alors, pour nous les hommes du XXIe siècle, notre vie mystique, si elle ressemble à celle de la vie de la Sainte Famille, n'aura rien d'extraordinaire; ce sera juste une vie de prière profonde, et une vie d'union à Dieu chaque fois que nous ferons ce que le Fils de Marie nous dira.

Paulette Leblanc

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