Sentir Dieu?
LA VOIX DE LA CONSCIENCE

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Je reviens souvent sur les mêmes questions presque toujours liées aux idées modernes qui ont suivi le Concile Vatican II, mais elles me semblent tellement importantes que nous devons coûte que coûte leur trouver une réponse. Ainsi, j'ai entendu des dizaines de fois l'expression: "On n'a pas besoin de sentir Dieu!" Mais qu'est-ce que cela veut dire "sentir Dieu"? J'ai souvent posé la question, mais jamais personne n'a pu me répondre.  C'est tout de même étrange: on ne veut pas "sentir Dieu", alors qu'on ne sait pas de quoi on parle, et, pire, alors qu'aujourd'hui les gens ne parlent plus que de sensations tandis que l'on constate de plus en plus qu'ils ont souvent oublié tout ce qui concerne la réflexion et le raisonnement…

Les gens ne parlent que de sensations, même quand il s'agit de chrétiens qui parlent de l'adoration ou de leur prière. La plupart disent: "J'ai senti Dieu", ou bien, "Je me suis senti bien ou mal", ou encore: "Je sens des choses" et parfois "Je sens la présence de Dieu." Des prêtres ou des religieux disent qu'on "n'a pas besoin de sentir Dieu", et les hommes d'aujourd'hui ne font que sentir! Pour comprendre au moins un peu, tournons-nous vers les saints. 

Si nous regardons ce qu'ont vécu les saints, tous remarquablement équilibrés, nous voyons qu'ils étaient tous très actifs, même les contemplatifs, tous très charitables, tous orientés vers leur prochain et tous animés par grand amour de Dieu. Ils ont souvent eu des intuitions qui leur ont fait comprendre le sens de certains événements ou de certaines phrases ou de certaines réflexions. Parfois, certains étaient si profondément unis à Dieu que Jésus leur "parlait". De nos jours, beaucoup de personnes qui prient affirment des choses théologiquement valables qui les transforment en profondeur et qui font réfléchir ceux qui veulent bien les écouter.  

Les saints reconnus par l'Église, avaient tous une foi très profonde. Ils étaient tous très unis à Dieu et à ses volontés; beaucoup se sont offerts à Dieu ou ont offert leur vie pour le salut de quelques personnes en danger. On peut se demander comment les paroles que ces saints disaient "entendre", se manifestaient en eux. Nous ne savons pas; nous savons seulement qu'ils cherchaient la volonté de Dieu et qu'ils voulaient la connaître. 

Je voudrais maintenant faire quelques réflexions personnelles. Il me semble qu'on n'a pas le droit de dire qu'on n'a pas besoin de "sentir" Dieu. Certes les visions, les locutions, les grands enthousiasmes ne sont généralement pas nécessaires. Mais Dieu nous parle à tous, et nous devons apprendre à l'entendre. Pour cela nous devons d'abord avoir le désir de Dieu et de son Amour. De plus, pour aimer, il faut connaître, car on ne peut pas aimer ce que l'on ne connaît pas. Or l'amour est toujours sensible; alors, pratiquement, que faire? N'oublions jamais que c'est toujours l'Amour de Dieu qui veut éclairer les hommes. Certes, nous n'aurons pas d'appel spécifique, ni audible. Mais dans nos cœurs il y a un désir constant de recherche de Dieu et de son amour. Et si nous désirons vraiment l'amour de Dieu, nous le trouverons. 

Ceux qui ont eu l'occasion d'écouter quelques malades psychologiques, ou des jeunes qui ont cherché à se suicider, ont curieusement entendu les mêmes phrases. Ces grands malades disent tous: "Une force me poussait, il fallait absolument que je me précipite sous le métro en marche", ou encore, "je devais me faire renverser par une voiture" ou bien, "je devais m'ouvrir le poignet ou me pendre… " Il est certain que cette force est satanique. Alors, une nouvelle question surgit: On dit souvent que "Satan est le singe de Dieu": donc ce qu'il fait pour rendre les hommes malheureux, c'est en imitant Dieu. Cela signifie donc que Dieu nous pousse vers le bien et vers le bonheur? Pourquoi ne nous inspirerait-Il pas aussi de bonnes pensées?  

Et voici une certitude: oui Dieu nous inspire de bonnes pensées, et même Il nous parle, et de manière très sensible. Je sens que plusieurs d'entre vous réagissent déjà, se demandant si je suis saine d'esprit. C'est la raison pour laquelle je vais maintenant passer en revue les moyens sensibles que Dieu utilise pour nous parler, et ces moyens sont toujours accompagnés par une petite voix qu'autrefois on appelait "La Voix de la Conscience", petite voix qui, si nous acceptons de l'entendre, nous parle très souvent.     

Parlons d'abord de la tristesse. Nous sommes tristes quand nous constatons toutes les souffrances du monde. Et en nous une voix nous dit: "c'est à cause des péchés des hommes, de leurs égoïsmes, de leurs manques d'amour…" Et cette petite voix ajoute, très discrètement: "Tu devrais te convertir et revenir à Dieu… Tu devrais prier maintenant pour tous ceux qui souffrent tellement." Ou encore, cette petite voix nous dit: "Maintenant il faut agir; qu'est-ce que tu peux faire, toi, aujourd'hui?" Et plus simplement encore, lorsque quelqu'un se prépare au péché, sa petite voix lui dit qu'elle ne doit pas pécher, que ce n'est pas bien, que Dieu ne le veut pas…  Mais le plus souvent, nous étouffons la voix de notre conscience, parce que nous avons toujours de bonnes raisons pour ne pas l'écouter; et puis, nous n'avons pas le temps… 

On dit que "le don des larmes est un don de Dieu"; ces larmes, nous les sentons bien, et, replacées dans leur contexte de tristesse ou de joie, elles nous disent toujours quelque chose. Ainsi, lorsqu'après de longs jours de prière, de souffrance, une personne que nous chérissons particulièrement guérit, physiquement ou spirituellement, alors, les larmes de tristesse qui avaient accompagné nos prières et nos peines se transforment soudain en larmes de  joie. N'est-ce pas Dieu qui alors, nous parle?    

C'est curieux! Depuis des années on ne parle plus du tout de la voix de la conscience. Pourtant elle existe toujours. Il suffirait d'inviter les gens à la réécouter. Et, tous nos contemporains comprendraient qu'ils doivent revenir à la Loi de Dieu et à son Amour. Tous comprendraient que le vrai bonheur ne se trouve que dans l'union à Dieu donc dans l'observance de sa volonté. Et le monde comprendrait qu'il doit se convertir, reconnaître ses péchés et les regretter; le monde saurait qu'il doit prier le Seigneur de miséricorde de les accueillir dans son Amour malgré toute sa misère humaine.  

Tous les hommes doivent redécouvrir la petite voix de leur conscience. S'ils acceptaient de l'entendre ils sauraient que cette voix intérieure, c'est la voix de Dieu. Et un jour ils comprendraient qu'ils ont vraiment besoin d'entendre, de sentir Dieu.   

Paulette Leblanc       Octobre 2014

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