LE MENSONGE ET L'AGONIE DE JÉSUS

 

145

L'Évangéliste saint Luc, raconte, dans son chapitre 22, versets 39 à 46: "Alors Jésus arrive avec eux à un domaine appelé Gethsémani et il dit aux disciples:

– Restez ici pendant que j'irai prier là-bas.

Emmenant Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors:

– Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi."

Jésus vient d'instituer l'Eucharistie. Il a longuement enseigné ses apôtres. Mais maintenant c'est l'heure, l'Heure de sa Passion. Jésus emmène ses apôtres au Jardin des Oliviers pour vivre la première phase de sa Passion: son Agonie. Il s'éloigne et avoue aux trois apôtres à qui il demande de prier avec Lui: "Mon  âme est triste à en mourir."

Étonnant! Jésus est arrivé au bout de sa mission terrestre. Il a tout donné à ses apôtres, et Il leur a promis "de rester avec eux jusqu'à la fin des temps." Il leur avait même affirmé: "Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux." (Matthieu, 18, 20) Or, Jésus vient de s'offrir à son Père; sa première mission, celle pour laquelle le Verbe de Dieu s'était incarné, est achevée. Maintenant, c'est l'Heure de la deuxième mission et le Père a accepté l'offrande du Fils et L'a glorifié. Jésus n'a donc plus qu'à conclure, tout simplement. Il devrait être parfaitement heureux. Certes, cette dernière "tâche" sera douloureuse, mais sa divinité est infiniment forte… et tout se passera bien puisque c'est la volonté de la sainte Trinité, donc la sienne à Lui aussi Jésus-Christ, Verbe de Dieu qui va s'accomplir.

La volonté de Dieu-Trinité avait décidé la Passion de la Parole de Dieu, du Verbe de Dieu, Jésus-Christ. Conformément à cette volonté divine, Jésus va maintenant accomplir cette passion indispensable au salut de tous les hommes que Dieu aime. Le Cœur de Jésus est donc infiniment heureux. La volonté de Dieu qui est aussi la sienne, va s'accomplir: quelle joie! Oui, quel bonheur dans le Cœur de Jésus! Et pourtant voici que Jésus a peur, et Jésus est triste. Que se passe-t-il donc?

Jésus a peur, Jésus est triste… Pourquoi? Est-ce à cause de Judas qui va arriver dans un instant et qui va faire tant de mal, non pas à Jésus, mais à lui-même? Car Jésus, il n'y a que quelques heures, disait: "Malheur à celui par qui le Fils de l'Homme va être livré; il eût mieux valu qu'il ne fût pas né!" Maintenant, à Gethsémani, Jésus-Dieu sait toujours de quoi Il parle. Le Cœur de Jésus, le Cœur de la Tendresse de Dieu est triste, et pleure: c'est normal, car Jésus est Dieu, mais Dieu incarné, Dieu qui a pris sur Lui toutes nos souffrances. Donc le Cœur de Jésus peut souffrir comme le cœur de tous les hommes. La souffrance de son humanité, Jésus l'avait désirée "d'un grand désir". Mais une humanité c'est à la fois un corps, une âme et un cœur. Et maintenant que son désir est sur le point de se réaliser, l'humanité de Jésus a peur, Jésus est triste. Comment comprendre?

Jésus prie. Ses trois apôtres préférés ont fait comme les autres: ils se sont endormis… Jésus leur reproche de n'avoir pas "eu la force de prier avec Lui." Car la prière, à cet instant suprême, est indispensable; en effet, Satan rôde et ne veut pas que les hommes soient sauvés. Jésus lutte contre Satan qui Lui montre l'état des hommes au cours des siècles à venir: car les hommes s'en soucieront fort peu des souffrances du Christ; d'ailleurs, à qui servent-elles ces souffrances puisque, pour les hommes des 20ème et 21ème siècles,  Dieu n'existe pas. Et si Dieu n'existe pas, les souffrances, si elles ont vraiment existé, les souffrances que Jésus va souffrir n'ont aucune valeur, aucun sens… Et puisque Dieu n'existe pas toute souffrance est inutile. La vie aussi, que les hommes croient vivre, n'existe pas… Jésus n'est qu'une illusion…

Jésus entend les raisonnements et les mensonges de Satan. Jésus voit les civilisations qui se dégradent et meurent. Jésus voit ses amis torturés et mis à mort. Jésus voit son Église déshonorée et Jésus pleure: son âme est triste à en mourir… et Il va mourir, bientôt, dans quelques heures. Jésus pense à Judas qui arrive: ah! si Judas pouvait regretter sa faute et demander pardon… Jésus voit Pierre qui Le renie… Mais Pierre se repentira: il n'avait agi que par faiblesse. Le Cœur de Jésus est un peu moins triste car Il voit aussi tous ceux qui Lui seront fidèles. Mais cela ne plaît pas à Satan qui étale devant Lui les innombrables guerres qui continueront à dévaster le monde. "Tu ne tueras pas!" a dit Dieu. Satan exulte tant les crimes sont nombreux. Et Jésus voit aussi tous les avortements qui se multiplieront. Et toutes les abominations et tous les crimes cachés… Et Jésus pleure…

L'âme de Jésus est triste à en mourir. Les spectacles sont insupportables; non, vraiment, Il ne peut pas porter ce Calice. Aussi Jésus appelle-t-il le Père: "Père, si cela est possible, éloigne de moi ce calice!" Mais cela n'est pas possible, car la Passion du Verbe de Dieu a été décidée au sein de la Très Sainte Trinité. Et Jésus l'a voulue aussi, car Dieu doit montrer aux pauvres hommes trompés par leur ennemi qu'Il les aime toujours malgré leurs fautes, leurs péchés. Mais le Fils de Dieu est aussi un homme et Dieu connaît les limites humaines: c'est Lui qui les a données aux hommes. Aussi, le Père, plein de pitié pour son Fils-Homme lui envoie-t-il son Ange… Et Jésus a retrouvé ses forces physiques. Il peut aller vers sa Passion: d'ailleurs Judas arrive. Jésus l'accueille:

– Judas! Mon pauvre ami, "C'est par un baiser que tu livres le Fils de l'Homme?"

Mais Judas se tait… et Jésus doit aller vers sa Passion qui commence. Les huées et les insultes, et même des coups dissimulés pleuvent: pourquoi? Ceux qui agissent ainsi ne le savent même pas; ils savent seulement que ce soi-disant Messie a fait beaucoup de bien. Mais les chefs ont demandé son arrestation en disant qu'il ne fallait surtout pas le ménager parce qu'il pouvait être dangereux… Et il ne faut pas mécontenter ses chefs. Alors Jésus part sous leurs coups, encore discrets, mais sévères. L'âme de Jésus pleure de nouveau et son Cœur est toujours triste parce que les hommes n'ont pas compris qu'Il était leur Sauveur.

Jésus est entré dans sa Passion. C'est irrévocable, et c'est sa gloire à Lui, Jésus, Fils de Dieu Incarné. Les souffrances physiques sont déjà fortes, mais ce qui brise le plus l'intelligence de Jésus, ce sont les faux témoignages dont Il est et sera accablé. Les faux témoignages, ce sont des mensonges; et le mensonge est la cause initiale des péchés des hommes. C'est bien par un mensonge que Satan a fait tomber Êve. Dès l'origine l'Homme a été trompé par un mensonge, le mensonge du menteur. Toutes les souffrances humaines viennent de ce mensonge. Et nous, nous comprenons que mentir est peut-être le plus grand des péchés, car mentir c'est comme assurer une descendance au Mensonge de Satan, Mensonge qui est la cause du péché d'origine.

Ainsi, le mensonge serait en quelque sorte, avec l'orgueil, le péché capital. Souvent, très souvent même, on entend des gens dire à ceux qu'ils croient conseiller: "Oh! Tu n'as qu'à dire…" Pour tant de gens, le mensonge n'est qu'un "petit péché mignon…" En réalité, le conseil donné est très grave car il demande à des gens dans un certain embarras, de mentir… Souvent aussi, on parle de "petit mensonge". Mais existe-t-il un petit mensonge? Nous nous sentons soudain très perplexes: nous n'avions jamais pensé que le mensonge pouvait être un si énorme péché…

Nous devons ici, constater que, d'une manière générale, en dehors des petits mensonges trop courants, ou des énormes mensonges liés à la politique ou à la haine contre Dieu, pour les gens ordinaires, le mensonge est souvent lié à une sorte de panique intérieure. Il semble, en effet, que souvent la panique entraîne le mensonge. Ainsi Pierre, chez Pilate, assura qu'il ne connaissait pas Jésus, tellement, brusquement, il avait été envahi par une peur panique. Mais très vite aussi, sous le regard de Jésus, il s'était repenti. Les hommes d'aujourd'hui comprendront-ils que mentir est un péché grave? Il faudrait de toute urgence, que tous nos prêtres ré-enseignent la gravité du mensonge,  et qu'ils informent les enfants.

Maintenant il nous faut aborder un autre sujet apparemment très différent et pourtant très proche du mensonge, car lié aux erreurs qui se sont diffusées ces 50 dernières années. On cite toujours la première Lettre de saint Jean: "Nous donc, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier. Si quelqu'un dit: 'J'aime Dieu', et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Et nous avons reçu de lui ce commandement: "Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère." (1Jean, 4, 19 à 21)

Le chapitre 5 de cette même lettre continue: "Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu; et quiconque aime celui qui l'a engendré, aime aussi celui qui est né de lui." Mais, étonnamment, nos contemporains s'arrêtent, comme s'ils n'osaient pas risquer la suite: "À cette marque nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu, si nous aimons Dieu, et si nous observons ses commandements. Car c'est aimer Dieu que de garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles parce que tout ce qui est né de Dieu remporte la victoire sur le monde; et la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. (1 Jean, 5, 1 à 4)

Beaucoup de nos contemporains qui citent très souvent le premier passage ajoutent: "Nous, nous allons d'abord vers les plus pauvres." Mais ils omettent la suite: "nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu, si nous aimons Dieu, et si nous observons ses commandements." Nos contemporains n'observent plus les commandements de Dieu, donc, ce qu'ils font, soi-disant pour les pauvres, cela ne sert à rien. Nos contemporains ne prient plus, ne connaissent plus Dieu qu'ils ont oublié ou qu'ils méprisent. Récemment, pendant les informations à la télé, quelqu'un déclara: "Maintenant que nous sommes débarrassés de ça, nous sommes bien tranquilles!!!" Ça! En l'occurrence, c'était Dieu… Nous sommes épouvantés, et nous comprenons encore mieux la souffrance de Jésus.

Notre monde vit dans le mensonge. Jésus le savait. Et nous savons maintenant que tous les mensonges, causes de tant de maux, tous les mensonges qui ont ravagé et continuent à ravager le monde des hommes, tous ces mensonges furent la cause principale des douleurs de Jésus, de son Agonie à Gethsémani, jusqu'à sa mort.

Jésus, à Gethsémani, entendait tous les mensonges qui avaient été dits et qui se diraient chez les hommes, au cours des âges, tout au long des siècles. Jésus entendait les faux témoignages qui conduiraient tant des siens jusqu'au martyre. Jésus entendait les chefs d'état qui mentiraient honteusement à leurs peuples pour les amener à apostasier, à renier Dieu. Jésus, la Vérité et la Vie, recevait dans son cœur tous ces mensonges destructeurs. C'est pourquoi, ployant sous ce fardeau insupportable, Il appela le Père: "Père, que ce calice passe loin de Moi!" Jésus ne pouvait plus supporter les mensonges des hommes, car, dans son Cœur, Il vivait tous les tourments nés du mensonge initial, cause de tous les maux, et de ses maux à Lui.

Maintenant osons risquer une question: si le mensonge de Satan, mensonge qui a ravagé l'humanité et qui est la cause de tous les maux des hommes, si le mensonge de Satan est le père de tous les mensonges des hommes, le mensonge peut-il être qualifié de "plus grand des péchés"? Si cela est exact, le mensonge, éparpillé, éclaté en des myriades de myriades de mensonges, causes de tant de haines, si cela est exact, le mensonge est-il la cause principale de l'Agonie de Jésus, des souffrances de son Cœur Vérité et Amour de Dieu?

Jésus est le Chemin qui mène à la Vérité et à la Vie. Jésus a dit: "Heureux les cœurs purs"; or le mensonge souille ces cœurs pour les éloigner de la Vérité. C'est si vrai que, dans ses grands commandements, Dieu écrivit, entre autres, sur les Tables de la Loi: "Tu ne porteras point de faux témoignages contre ton prochain." C'est-à-dire: tu ne mentiras pas! Et l'on comprend soudain très clairement que tous les autres commandements renferment en eux un remède contre le mensonge.

Que dire de plus aujourd'hui? Tout simplement, nous efforcer de ne plus jamais mentir. Quand le mensonge aura disparu de notre monde, les hommes retrouveront la vérité, le chemin, la vie, donc le bonheur.

Paulette Leblanc

pour toute suggestion ou demande d'informations