Le Cœur de Jésus révèle le Cœur du Père

 

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Introduction

Le Cœur de Jésus
Comment Il s’est révélé à nous

Dieu unique et Trinité. Le Père et le Fils sont UN dans le Saint Esprit qui est leur Amour mutuel. En conséquence, le Cœur de Dieu est UN. Toutefois, pour sauver tous les hommes pécheurs, le Père a envoyé son Verbe, sa Parole, pour s'incarner et devenir un Homme vivant au milieu de tous les hommes. Les hommes qui ne pouvaient connaître Dieu que par ses révélations, ont pu Le connaître davantage en vivant avec Lui, pendant sa vie d'homme. Ensuite, Jésus, le Fils de Dieu, le Sauveur Verbe de Dieu, pour nous montrer tout son amour, accepta de mourir crucifié avant de ressusciter et de s'asseoir à la droite du Père. Mais Jésus Fils du Père voulant rester avec les hommes jusqu'à la fin des siècles, leur donna l'Eucharistie. Ainsi, bien que Jésus soit avec les hommes, au milieu d'eux "quand deux ou trois sont réunis en son Nom", Jésus est présent d'une manière encore plus visible dans les hosties consacrées de l'Eucharistie. Et quoique "toujours doux et humble de Cœur" Jésus révèle l'immensité de son amour pour nous ses pauvres créatures. Mais le Père et le Fils étant UN, le Cœur du Père et le Cœur du Fils sont UN également. Et lorsque Jésus le Fils de Dieu nous montre l'amour de son Cœur, c'est aussi l'Amour du Cœur du Père qu'Il nous montre, qu'Il nous révèle d'une façon sensible, capable de toucher le cœur des pauvres hommes.

Le Cœur de Jésus brûlant d'amour pour nous s'est révélé durant toute sa vie terrestre. Mais si Jésus n'avait pas montré ensuite, et même longtemps après sa résurrection, à quelques âmes choisies, l'infini de son Amour, cet amour serait resté, pour nous, très abstrait, voire, virtuel. Jésus par l'intermédiaire de quelques saints, continue à nous révéler son cœur, et, ce faisant, Il nous révèle aussi le Cœur du Père. Au cours d'une étude très importante sur le Cœur de Jésus chez les mystiques, nous avons montré les diverses facettes du Cœur de Jésus et les liens existant entre son Cœur et le Cœur du Père. Pour la commodité de nos lecteurs, nous allons rassembler ici les principales idées abordées dans notre étude, et montrer comment Jésus, révélant son Cœur, révèle aussi le Cœur du Père.

De son cœur, Jésus, n’a presque rien dit pendant qu’Il vivait encore sur la terre. Tout au plus a-t-Il fait comprendre à ses disciples qu’ils étaient, tous,  ses amis, et qu’Il les aimait jusqu’à donner sa vie pour eux, pour nous: “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.”  Pourtant, un jour de plus grande intimité, Il confia (Mt XI, 29): “Prenez sur vous mon joug et devenez mes disciples, car Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes.”  

La vie de Jésus tout entière est une révélation progressive, d’abord cachée puis éclatante, de la richesse de son Cœur brûlant d’Amour pour tous les hommes dont le Créateur fait ses délices quand ils sont purs et marchent selon Sa Volonté. Tout est donc renfermé dans l’Évangile; mais Jésus, pour nous faire progresser et approfondir toutes les richesses de son Cœur, se sert d’instruments choisis, spécialement formés pour révéler ce qui est nécessaire aux hommes de chaque génération.

Saint Bernard, dans ses œuvres mystiques, ainsi que le fera plus tard Sainte Catherine de Sienne, insiste beaucoup sur l’unicité et l’égalité du Père et du Fils, un seul et même Dieu, et sur leur Amour mutuel. Saint Bernard contemple aussi l’Amour que le Verbe de Dieu, Parole du Père, Époux du Cantique des cantiques, porte à l’épouse, qui personnifie, soit le peuple de Dieu, soit l’Église, soit même l’âme éprise de Dieu et aimée par Lui. L’Époux aime ardemment l’épouse. Jésus, le Christ Sauveur “juste et bon, Rédempteur et Juge, parce qu’Il aime les hommes, veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.”  [1] (Commentaire du Cantique des cantiques - 55ème Sermon)

L’Amour de Jésus est un feu: “L’Époux est pressé de pénétrer en nous. Car ce n’est pas nous, c’est Lui qui nous a aimés le premier... Le feu de Dieu consume sans causer de brûlure douloureuse; il brûle doucement, il ravage agréablement. C’est vraiment un feu destructeur, mais dont l’action dévorante s’exerce sur les vices en comblant de douceur.... “ (57ème Sermon)

Toutefois, malgré la connaissance et l’expérimentation personnelle qu’il a faite de cet amour brûlant qui unit l’Époux à l’épouse, ce n’est qu’exceptionnellement que Saint Bernard utilisera l'expression: Cœur du Seigneur, notamment lorsqu’il dira: “Le secret de son Cœur paraît à nu dans les plaies de son corps.”

Angèle de Foligno, une des grandes mystiques du Moyen-âge (XIIIème  siècle), après avoir longuement évoqué la Passion de Jésus, médite sur son humilité:

“Jésus a dit seulement: 'Apprenez de moi... car Je suis doux et humble de cœur.' Jésus, en effet, a véritablement posé l’humilité de cœur et la douceur de corps pour fondement et racine de toutes les vertus. Ni abstinence, ni austérité, ni pauvreté extérieure,... ni miracles ne sont quelque chose sans l’humilité de cœur. Mais l’abstinence sera bénie… l’austérité... les œuvres seront bénies et vivantes si elles sont fondées sur l’humilité.”

“Ô mes fils, dit Angèle aux membres de sa petite communauté, comment une créature pourrait-elle trouver le repos et la paix, sinon en Celui qui est le repos souverain, la paix souveraine et la tranquillité souveraine des âmes? Aucune âme ne pourra parvenir à Lui, Jésus, si elle n’est fondée sur cette humilité... Cette humilité de cœur que le Dieu-homme a voulu que nous apprenions de Lui, est une lumière claire et vivifiante qui conduit l’intelligence de l’âme à reconnaître sa bassesse et son néant, et l’immensité de la bonté divine.”

À la même époque, une autre mystique au cœur brûlant, Sainte Gertrude d’Helfta, en Saxe, recevra des confidences du Cœur de Jésus,[2]  révélations de son amour extraordinaire pour tous les hommes. Comme Gertrude se plaignait à Saint Jean:

- “N’avez-vous pas senti, vous aussi, ô bien-aimé de Dieu, les délices de ces battements très suaves, lorsqu’à la Cène vous avez reposé sur cette poitrine très sainte? J’en éprouve actuellement une si grande jouissance!” Gertrude entendit la réponse de Jean: “Oui, je l’avoue, je les ai ressenties, et profondément ressenties. Leur suavité a pénétré mon âme jusqu’au fond, comme un hydromel doux imprègne de sa suave douceur la bouchée de pain frais dans laquelle il pénètre. Bien plus, mon âme est devenue aussi brûlante qu’une chaudière en ébullition échauffée par l’ardeur d’un feu violent.”

- Et pourquoi donc,  dit Gertrude, avez-vous gardé là-dessus un si profond silence? Dans vos écrits, on n’en peut rien saisir, rien du tout? Nous aurions pu cependant en tirer profit.

- Ma mission, répondit Jean, était que je manifeste à la jeune Église, par une seule parole, le Verbe incréé de Dieu le Père, et que cette parole soit capable de satisfaire l’intelligence du genre humain tout entier jusqu’à la fin du monde, bien que personne ne parvienne jamais à la comprendre en plénitude. Quant à la douce éloquence de ces pulsations, elle est réservée aux temps actuels, afin qu’en les écoutant, le monde, déjà vieilli et engourdi dans son amour pour Dieu, puisse retrouver sa ferveur.”

Un jour, Jésus contraint Gertrude à écrire le récit des grâces qu’elle a reçues de Lui, car “Il l’a choisie pour révéler la douce éloquence des pulsations de son Cœur, secret réservé aux temps actuels...”  Dieu choisit Lui-même le titre: Le Héraut de l’Amour divin.”

Malheureusement le message de Gertrude, véritable déclaration d’amour de  Jésus aux siens, restera caché pendant deux cent cinquante ans, et ce n’est qu’en 1536 que les Chartreux de Cologne publieront une première édition dont l’influence sera considérable.

En se révélant à Sainte Gertrude, c’était la première fois que Jésus révélait aux hommes tout l’amour de son Sacré Cœur. C’est pourquoi, avant de tenter un essai de présentation des richesses du Cœur de Jésus, telles que nous les connaissons aujourd’hui, il a semblé intéressant de faire connaître, dès maintenant, dans ses grandes lignes, ce que Jésus a dit de Lui-même à sa sainte confidente.

Tout d’abord Jésus révèle à Gertrude combien son ”Cœur immaculé” de médiateur est inséparablement uni à celui de sa Mère, médiatrice elle aussi. Puis Il lui fait comprendre que depuis l’Incarnation, le nouveau Lieu de rencontre entre Dieu et son peuple, c’est la Personne du Verbe fait chair, vrai Dieu et vrai homme. Tous les hommes sont invités à demeurer en LUI. “Qui entre dans le Cœur du Christ trouve véritablement sa demeure et ne désire plus en sortir.

Un jour, le Seigneur introduisit Gertrude dans son Cœur, et lui dit: “Parce que tu t’efforces souvent de m’offrir ton cœur, J’ai jugé opportun... de te découvrir mon propre Cœur, Moi, Dieu, qui suis tout en tous: force, vie, science, vêtement, nourriture, et tout ce que peut désirer une âme qui aime. Le Cœur de Jésus est l’instrument infiniment doux de la Trinité adorable.”

Le Cœur de Jésus se montra à Gertrude d’abord comme une “lampe ardente” qui dissipe toutes nos obscurités et nos tristesses débilitantes, puis comme un “encensoir d’or” d’où monte vers le Père la prière embrasée du Sauveur du monde.

À plusieurs reprises Gertrude entendit la plainte d’un cœur blessé, méconnu, mal aimé, dévoré de passion pour tous les hommes: “Quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-Il encore la foi sur la terre?”  Après elle, Jean Eudes, Monsieur Olier, Marguerite-Marie et bien d’autres ont transmis le même message d’amour déjà contenu dans le Cantique des cantiques: “Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour ni les fleuves le submerger?” (Ct 8, 7)

Le Cœur de Jésus est un “foyer embrasé”. La “flamme du divin amour” en jaillit, touche le cœur de Gertrude et le rend comme une source brûlante qui reflue vers la poitrine du Seigneur. “Les voici unis (ces deux cœurs) sans fusion ni confusion, cimentés, soudés indissolublement. Le signe de cet amour mutuel est un arbre immense et débordant de fruits qui s’élève des deux cœurs unis. Deux tiges entrelacées, l’une d’or, l’autre d’argent.”  

Ce bouleversant message sera, de nouveau, révélé quatre siècles plus tard, le 27 décembre 1673, à Sainte Marguerite-Marie. Toutefois il convient d’ajouter que le Cœur de Jésus est aussi dans l’Eucharistie. Jésus dit: ”Nulle part tu ne pourras me trouver plus affectueusement sur terre que dans le sacrement de l’autel.”    

Chacun des saints confidents du Cœur de Jésus insistera plus particulièrement sur une facette spécifique du Cœur du Christ, en fonction du message à faire passer à une époque donnée. Mais le Seigneur leur demandera toujours une très grande humilité et une extrême fidélité à répondre à l’appel qui leur est personnellement adressé. 

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La révélation du Père
dans le Nouveau Testament

C’est Jésus, le Verbe de Dieu, un avec Dieu le Père, qui, pour la première fois dans les écritures, nous révèle explicitement le Père. Parole du Père, un avec Lui, Jésus, Dieu le Fils, a donc un cœur semblable au cœur du Père. À la limite on pourrait dire: le Cœur de Jésus, c’est le Cœur de Dieu, donc, c’est  le Cœur du Père.  En conséquence, avant de savoir comment le Cœur de Jésus nous révèle le Cœur du Père, il est indispensable de connaître comment Jésus nous révèle le Père, et comment les apôtres nous ont transmis cette révélation qu’ils avaient reçue directement du Seigneur. Cela, seul le Nouveau Testament, d’abord les Évangiles puis les autres écrits, peut nous l’apprendre.

Afin de faciliter la compréhension, les Évangiles seront examinés d’abord; les autres textes seront traités ensuite. Dans les deux cas les citations seront regroupées sous plusieurs rubriques montrant clairement les relations entre le Père et le Fils.

1-1-La Révélation du Père dans les Évangiles

Le Père et le Fils. La Révélation essentielle

D’emblée, l’apôtre Saint Jean nous fait entrer dans le mystère de Dieu: “... la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.” (Jean 1, 18) Jean le Baptiste témoigne aussi: “Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu ne donne pas l’Esprit avec mesure. Le Père aime le Fils et lui a tout remis en main. Qui croit au Fils a la vie éternelle. Qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.” (Jean 3, 31 à 36)

Jésus, le Messie, est le fils de David. Mais Il est beaucoup plus que cela car David L’appelle son Seigneur. “Si donc David L’appelle son Seigneur, comment est-Il son Fils?” (Matthieu 22, 44 et 45) Ces choses étaient encore cachées aux juifs, et même Marie, la Mère de Jésus, dut apprendre progressivement la vraie nature de son Fils, comme le prouve la scène où les parents de Jésus enfant le retrouvent au Temple, enseignant parmi les docteurs. À l’angoisse de sa Mère et de Saint Joseph qui le cherchaient depuis trois jours, Il répond pour toute excuse: “Ne saviez-vous pas que Je dois être aux affaires de mon Père?” (Luc 2, 49) Plus tard, chassant les marchands du Temple, le Temple de Dieu, Jésus s’écriera: “Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.” (Jean 2, 16)

Le Père et le Fils. La Révélation directe

Le Père et le Fils, c’est tout un. Cette affirmation est certainement l’une des plus grandes révélations du christianisme. Jésus, bénissant le Père d’avoir révélé ses mystères aux humbles et aux tout petits dit: “Oui, Père, tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père: personne ne connaît le Fils sinon le Père, comme personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.” (Matthieu 11, 25 à 27 - Luc 10, 21 et 22)

À Pierre qui a reconnu Jésus comme Fils de Dieu, Jésus déclara: “Heureux es-tu... ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les Cieux.” (Matthieu 16, 17) Plus tard, annonçant sa Passion, Jésus dit encore: “Le Fils de l’homme doit venir avec ses anges dans la Gloire de son Père.” (Matthieu 16, 27)

Un jour, Jésus se dévoila complètement: “Le Fils ne peut rien faire de Lui-même, mais seulement ce qu’Il voit faire au Père... Car le Père aime le Fils et Il lui montre tout ce qu’Il fait... Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui L’a envoyé...Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-Il donné au Fils d’avoir la vie en Lui-même... Je ne puis rien faire de Moi-même... Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui M’a envoyé.” (Jean 5, 20 à 30) “Les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir... me rendent témoignage que le Père m’a envoyé... Je suis venu au nom de mon Père...”  (Jean 5, 36 à 47)

Longtemps à l’avance Jésus prépare ses disciples à accepter et comprendre l’Eucharistie. Le pain qu’Il donnera, c’est son corps, le vrai pain du ciel: “... le pain du ciel, c’est mon Père qui vous le donne. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. (Jean 6, 32 et 33)

Tous ne comprendront pas son langage, aussi Jésus n’hésite-t-il pas à dire: “Tout ce que me donne le Père viendra vers moi.” (Jean 6, 37) “Personne n’a vu le Père sinon celui qui vient de Dieu: celui-là a vu le Père.” (Jean 6, 46) Et aussi: “Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi.” (Jean 6 ,57) Mais: “nul ne peut venir à moi si cela ne lui a été donné par le Père.”  (Jean 6, 65)

La volonté de Jésus, qui est celle du Père, c’est de sauver les hommes, ses brebis: “Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé... La volonté de mon Père c’est que quiconque voit le Fils et croit en Lui ait la vie éternelle et que Je le ressuscite au dernier jour. (Jean 6, 40) Et Jésus connaît ses brebis et ses brebis Le connaissent “comme le Père Le connaît et qu’Il connaît le Père.”  Bientôt il n’y aura plus qu’un seul troupeau et qu’un seul berger.

Mais auparavant Jésus doit mourir pour ses brebis. “Voilà pourquoi le Père m’aime, parce que Je livre ma vie... Personne ne me l’enlève, mais Je la livre de Moi-même... Tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père”  (Jean 10, 13 à 18) “Les œuvres que Je fais au nom de mon Père témoignent à mon sujet....Mes brebis écoutent ma voix... elles ne périront jamais... mon Père qui Me les a données est plus grand que tout et personne ne peut rien arracher de la main de mon Père. Le Père et moi, nous sommes un.” (Jean 10, 25 à 30)

Car Jésus est Celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, et Il fait les œuvres du Père pour que les hommes reconnaissent “que le Père est en Lui, et Lui dans le Père.” (Jean 10, 36 à 38) Souvent, avant d’intervenir, Jésus  bénit le Père: “Père, Je Te rends grâce de ce que Tu M’as écouté.” (Jean 11, 41)

Le discours après la Cène renferme de nombreuses affirmations sur les relations entre Jésus et le Père, et son intensité dramatique ne permet aucun doute: “Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.” (Jean 13, 31) “Vous croyez en Dieu, croyez aussi en Moi. Dans la maison de mon Père, nombreuses sont les demeures... (Jean 14, 1 et 2) Si vous Me connaissiez, vous connaitriez aussi le Père; dès à présent vous Le connaissez et vous L’avez vu.... Philippe, qui M’a vu a vu le Père... Je suis dans le Père et le Père est en Moi...” (Jean 14, 7 à 11) “Qui Me hait, hait aussi mon Père.” (Jean 15, 23)

Maintenant Jésus va vers le Père “afin que le Père soit glorifié dans le Fils.” (Jean 14, 13) “Celui qui a mes commandements et les garde, voilà celui qui M’aime. Celui qui M’aime sera aimé par mon Père... Si quelqu’un M’aime il gardera ma parole. Mon Père l’aimera, et Nous viendrons à lui, et Nous ferons notre demeure chez lui.” (Jean 14, 23) “Le Père Lui-même vous aime parce que vous M’avez aimé et que vous avez cru que Je suis sorti d’auprès de Dieu. Je suis sorti du Père et Je suis venu dans le monde. Maintenant Je quitte le monde et Je vais vers le Père.” (Jean 16, 27 et 28) “La parole que vous entendez n’est pas de Moi, mais du Père qui M’a envoyé.” (Jean 14, 24) “Si vous M’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que Je vais au Père, parce que le Père est plus grand que Moi...” (Jean 14, 28)

Enfin, après sa Résurrection, à Marie de Magdala, Jésus dit: “Ne me touche pas car Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur que Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.” (Jean 20, 17)

Le Père confirme les affirmations de Jésus.

– Lors du Baptême de Jésus, une voix se fit entendre: “Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-Le.”  (Matthieu 3, 17 - Marc 1, 11 - Luc 3, 22)

– De même, à la transfiguration, une voix sortie de la nuée disait: “Celui-ci est mon Fils,  mon Bien-Aimé; Il a toute ma faveur: écoutez-Le.”  (Matthieu 17, 5 - Marc 9 ,7)

– Pendant le triomphe des rameaux, à Jérusalem, alors que la foule rendait témoignage à Jésus et que ce dernier, soudain troublé, implorait le Père: “Maintenant mon âme est troublée... Père sauve-Moi de cette heure. Mais c’est pour cela que Je suis arrivé à cette heure. Père glorifie ton nom,”  une voix  venue du ciel se fit entendre, venue non pour Jésus, mais pour tous les assistants: “Je L'ai glorifié et Je Le glorifierai encore.” (Jean 12, 27 à 33)

Les révélations indirectes

Jésus nous présente souvent Dieu, Celui que les juifs connaissaient, comme son Père ou “Notre Père”

– Quand tu fais l’aumône, que ton aumône reste secrète: ton Père qui voit dans le secret te le rendra. (Matthieu 6, 3)

– Quand tu veux prier, entre dans ta chambre et prie: ton Père qui voit dans le secret te le rendra. (Matthieu 6, 6)

Car Dieu est “Notre Père” et c’est ainsi que nous devons Le prier: “Notre Père, qui es aux cieux.”  (Matthieu 6, 9 - Luc 11, 1 à 4) Notre Père du Ciel sait de quoi nous avons besoin, aussi: “donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent?” (Luc 11, 13)

– Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête... ton Père qui voit dans le secret te le rendra.  (Matthieu 6,18)

– Dieu, notre Père céleste, sait de quoi nous avons besoin, (Matthieu 6,32) et Il donnera de bonnes choses à qui les lui demande. (Matthieu 7, 11)

Car nous sommes la famille de Jésus si nous faisons la volonté du Père: “Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là  m’est un frère et une sœur et une mère.” (Matthieu 12, 50 - Marc 3 ,35)

Et nous devons donc nous fier à la Providence et nous abandonner à Elle, sans crainte: “Ne crains pas petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Règne. Vendez vos biens et donnez-les en aumônes; faites-vous des bourses qui ne s’usent pas.”  (Luc 12, 30 à 33)

Le nouveau commandement de l’Amour implique le pardon. Après avoir montré à ses apôtres, grâce à la parabole du débiteur impitoyable, la nécessité de pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois, Jésus conclut à l’attention de ceux qui ne pardonnent pas à leurs frères: “C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur.” (Matthieu 18, 35)

Mais il est des secrets, comme l’heure de la fin des temps, que le Père seul connaît: “Quant à ce jour et à cette heure, personne n’en sait rien, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul.” (Matthieu 24, 36)

Enfin, sur la Croix, Jésus se tourne vers le Père. Certains assistants ou acteurs du drame comme le centurion romain, comprennent soudain, quand Jésus expire, la véritable identité de Celui qu’ils ont crucifié: “Vraiment cet homme était le Fils de Dieu?” (Marc 15, 39)

La révélation par l’intermédiaire des démons

Les démons qui sont d’abord intrigués par Jésus, comprennent assez vite à qui ils ont affaire. Ainsi, Saint Matthieu rapportant l’épisode de la tentation de Jésus au désert, fait d’abord dire à Satan, et cela à deux reprises: “Si tu es le Fils de Dieu...” (Matthieu 4, 3 et 4, 6)

Puis les démons prennent de l’assurance, et lorsqu’ils sont chassés par Jésus, ils crient: “Tu es le Fils de Dieu!” (Luc 4, 41) ou, lors de l’aventure des porcs, et avant qu’ils ne se précipitent dans la mer: “Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut?” (Luc 8, 28)

Jésus est obéissant. Il fait toujours la Volonté du Père qui, en fait, est la sienne propre

Pourtant Jésus, tout Fils qu’Il était, se soumit au Père comme un serviteur, celui dont parle le prophète Isaïe (Is 42, 1 à 4) “Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon Bien-Aimé qui a toute ma faveur...” (Matthieu 12, 18 à 21)

Jésus ne cesse de répéter qu’Il est venu accomplir la volonté du Père: “Le Père qui m’a envoyé m’a ordonné ce que Je devais dire et proférer. Et Je sais que son commandement est vie éternelle. Donc ce que Je dis, c’est comme me l’a dit le Père que Je le dis.” (Jean 12, 49 et 50)

Ou encore: “Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé... La volonté de mon Père c’est que quiconque voit le Fils et croit en Lui ait la vie éternelle et que Je le ressuscite au dernier jour.”  (Jean 6, 40)

L’accomplissement de la volonté du Père est un besoin si fort et si essentiel  pour Jésus que c’en est devenu comme sa nourriture: “Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé.”  (Jean 4, 34) Et quand, après la Cène, il est temps de partir pour sa Passion, Jésus ouvre son Cœur et laisse déborder son Amour: “Si vous M’aimiez vous vous réjouiriez de ce que Je vais au Père, parce que le Père est plus grand que Moi... Afin que le monde sache que J’aime le Père et que J’agis comme le Père Me l’a commandé, levez-vous, partons d’ici.”  (Jean 14, 28 à 31) Et Jésus part vers sa Passion pour obéir au Père... et accomplir  toutes les écritures.

Enfin, pendant son agonie, au Jardin des Oliviers, Jésus livré à une détresse extrême appelle le Père: “Père, si Tu veux, écarte de Moi cette coupe. Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse.” (Luc 22, 42)

La doctrine de Jésus est celle du Père

Jésus est l’envoyé du Père et toute sa doctrine vient de Lui:

“Ma doctrine n’est pas mienne, mais elle est de Celui qui m’a envoyé.” (Jean 7,16) “...Je ne suis pas venu de Moi-même, mais il est véridique Celui qui m’a envoyé, et vous, vous ne Le connaissez pas. Moi, Je Le connais parce que Je suis d’auprès de Lui et que c’est Lui qui M’a envoyé.” (Jean 7, 28 et 29)

“Mon jugement est véridique parce que Je ne suis pas seul: mais il y a Celui qui m’a envoyé... Le Père qui m’a envoyé témoigne à mon sujet... Vous ne connaissez ni Moi, ni mon Père. Si vous Me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.” (Jean 8,16 à 20) “Je ne fais rien de Moi-même, mais Je dis ce que m’a enseigné le Père. Et Celui qui m’a envoyé est avec Moi. Il ne m’a pas laissé seul parce que Je fais toujours ce qui Lui plaît.” (Jean 8, 28 et 29) “Ce que J’ai vu auprès du père, Je le dis.” (Jean 9, 38) “Je suis sorti et Je viens de Dieu. Je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est Lui qui M’a envoyé.” (Jean 8, 42)

“J’honore mon Père et vous me déshonorez! Or Je ne cherche pas ma gloire. Quelqu’un  la cherche et juge.” (Jean 8, 49 et 50) “Mon Père est Celui qui Me glorifie, Lui dont vous dîtes: Il est notre Dieu. Vous ne Le connaissez pas. Mais moi Je Le connais et Je garde sa parole.” (Jean 8, 54 à 57)

Enfin, la prière sacerdotale est, dans son intégralité, une révélation des relations intimes entre le Père et son Fils. (Jean 17, 1 à 26) Pour mémoire on peut citer: “Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils...” (Jean 17, 1) “J’ai achevé l’œuvre que Tu m’as donnée à faire. Et maintenant glorifie-Moi Père auprès de Toi, de la gloire que J’avais auprès de Toi avant que le monde fût.”  (Jean 17, 5) “J’ai manifesté ton nom aux hommes que Tu m’as donnés du milieu du monde.... ils ont connu que tout ce que Tu M’as donné vient d’auprès de Toi.” (Jean 17, 6 et 7) “Tout ce qui est à Moi est à Toi, et à Toi tout ce qui est à Moi, et J'ai été glorifié en eux.” (Jean 17, 10) “Je ne suis plus dans le monde, mais eux sont dans le monde; et moi Je vais vers Toi. Père garde-les en ton nom...” (Jean 17, 11) “Je leur ai donné ta parole... Sanctifie-les dans la vérité; ta parole est vérité” (Jean 17, 14 et 17) “Que tous soient un. Comme Toi, Père, tu es en moi et moi en Toi, qu’eux aussi soient un en Nous.” (Jean 17, 21)

La Miséricorde du Père

Le Père est la Miséricorde. Il est Celui qui pardonne toujours au pécheur repentant ainsi qu’en témoigne la parabole de l’enfant prodigue. Le Père a pitié de tous les pécheurs, quels que soient leurs péchés: les péchés visibles, comme ceux du fils prodigue, mais aussi les péchés plus subtils, mais combien plus dangereux, du fils aîné, apparemment vertueux, mais orgueilleux et surtout  jaloux, quoique peut-être inconsciemment. (Luc 15, 11 à 32)

Dieu veut sauver le monde: “Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils, son unique, pour que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle; car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en Lui n’est pas jugé. Qui ne croit pas en Lui est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom de l’unique Fils de Dieu.”  (Jean 3, 16 à 19)

1-2-La Révélation du Père dans les Épîtres et dans  l’Apocalypse

On ne trouve que deux références au Père dans les Actes des Apôtres. Tout d’abord juste avant l’Ascension: “Jésus répondit: Ce n’est pas à vous de connaître les temps ni les moments que le Père a fixés de sa propre autorité, mais vous recevrez la force du Saint-Esprit...” (Actes 1, 7) et lors du premier discours de Pierre, immédiatement après la Pentecôte:”... C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité, et nous en sommes tous témoins. Exalté par la droite de Dieu et ayant reçu du Père l’Esprit-Saint qui avait été promis, il l’a répandu, ainsi que vous le voyez.” (Actes 2, 33)

Par contre les Épîtres des apôtres, et notamment des deux apôtres mystiques, Paul et Jean, sont particulièrement riches pour tout ce qui touche à la révélation et à la théologie du Père. La théologie concernant le Père est souvent resituée, comme cela est normal, dans le cadre de la théologie de la Très Sainte Trinité. La volonté du Père, donc son cœur, est également présente chaque fois que sont exposés des éléments du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption.

La Révélation du Père dans les Épîtres de Saint Paul

Nota: Tout d’abord il convient de mentionner que l’Apôtre des Nations commence la plupart de ses lettres par la formule: “...de la part de Dieu le Père et du Christ notre Seigneur.”  ou par une formule voisine. L’Épître aux Romains est encore plus explicite puisqu’elle résume dans son premier paragraphe toute la doctrine de la Sainte Trinité en présentant l’Évangile “que Dieu avait promis par ses prophètes dans les saintes Écritures, concernant son Fils, issu, selon la chair, de la race de David, établi selon l’Esprit-Saint, Fils de Dieu avec puissance du fait de sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur.” (Rom 1,3 et 4)

La doctrine de Saint Paul

Toute la doctrine de l’Évangile est comme résumée dans les épîtres de Saint Paul. On trouvera ci-dessous les passages essentiels ayant trait à la révélation du Père et à l’amour qu’Il a manifesté aux hommes en nous envoyant son Fils. Ce Fils, témoin de Dieu en “qualité de Fils, chef de sa propre maison. Sa maison, c’est nous, si nous nous gardons fermes jusqu’à la fin...” (Heb 3,6) Il est remarquable cependant que c’est presque toujours en parlant du Fils que Saint Paul révèle le Père, tant les deux ne font qu’un.

Le Fils est plus grand que tout

Plus grand que les anges

“Après avoir, à maintes reprises et de bien des manières parlé autrefois à nos pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils qu’Il a établi héritier de toutes choses et par qui Il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire du Père, empreinte de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole toute-puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine au plus haut des cieux, supérieur aux anges... En effet, auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit: Tu es mon Fils; c’est Moi qui t’engendre aujourd’hui? Et encore: Je serai pour lui un Père, et il sera pour Moi un Fils?” (Heb 1, 1 à 5) “Auquel des anges a-t-Il jamais dit: assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis l’escabeau de tes pieds?” (Heb 1, 13)

Plus grand qu’Aaron le prêtre

“Nous avons un grand prêtre éminent qui a pénétré dans les Cieux, Jésus, le Fils de Dieu...” (Heb 4, 14) Ce titre de grand-prêtre, le Christ ne se l’est pas attribué à Lui-même: “Il l’a reçu de Celui qui lui a dit: tu es mon Fils; c’est Moi qui t’ai engendré aujourd’hui... Tu es prêtre pour l’éternité, à la manière de Melchisédech.”  (Heb 5, 5) Ce Melchisédech, roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, est la vraie figure du Fils de Dieu car il n’a pas de généalogie. Sans père, sans mère, sa vie n’a ni commencement ni fin; il demeure prêtre à perpétuité. (Heb 7,1 à 3)

Plus grand que tous les hommes

D’autre part, au sujet du Fils Premier-né, Dieu dira: “Ton trône, ô Dieu, est établi pour l’éternité. Ton sceptre royal est un sceptre de droiture; tu as aimé la justice et haï l’iniquité. C’est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t’a oint de l’huile d’allégresse, de préférence à tes compagnons.” (Heb 1, 8 et 9)

Fils de Dieu, Fils unique, Premier né d’entre les morts, et pourtant obéissant

En entrant dans le monde, le Christ dit: “Tu n’as pas voulu de sacrifice ni d’offrande, mais Tu m’as formé un corps. Tu n’as eu pour agréables ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit: Me voici - car c’est de moi qu’il s’agit dans le rouleau du livre - Je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté...” (Heb 10, 5 à 7) “Le Christ a offert pour les péchés un sacrifice unique, après quoi il est allé s’asseoir pour toujours à la droite de Dieu.” (Heb 10, 12)

Certes, ce Fils, frère aîné de tous les hommes a été abaissé un moment au-dessous des anges. “Mais celui qui a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’il a soufferte: par la grâce de Dieu, la mort qu’il a endurée devait profiter à tout homme.” (Heb 2, 9) 

Paul a bien conscience  cependant de la grandeur du Christ, le Fils de Dieu qu’il sert en annonçant “l’Évangile de son Fils.” (Rom 1, 9) Malgré son humilité le Christ est Dieu: “Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car c’est en Lui que tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et invisibles, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances. Tout a été créé par Lui et pour Lui; Il est antérieur à tout et tout subsiste en Lui. Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout le premier rang; car il a plu à Dieu de faire résider en lui toute la plénitude et de se réconcilier par Lui toutes choses sur la terre et dans les cieux, ayant rétabli la paix par le sang de sa Croix.”  (Col 1, 15 à 20) Et maintenant nous sommes réconciliés avec Dieu dans le corps de chair de son Fils. (Col 1, 22) 

L’Amour de Dieu nous sauve par son Fils

Dieu nous donne une preuve éclatante de son amour, car c’est quand nous étions encore pécheurs que le Christ est mort pour nous: “En effet, étant ses ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils...”  (Rom 5, 10)

Baptisés en Jésus-Christ, dans sa mort, “nous avons donc été mis au tombeau avec Lui par le Baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi, d’une vie nouvelle. (Rom 6, 4 et 5)

En Jésus-Christ nous sommes sauvés, libérés du péché et de la mort: “Ce qui était impossible à la loi rendue impuissante par la chair, Dieu l’a fait en envoyant son propre Fils, avec une chair semblable à notre chair pécheresse et pour vaincre le péché.”  (Rom 8, 3) Ceux qui sont sauvés, ceux que Dieu a élus et connus d’avance, “Il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils afin qu’Il soit le premier né d’une multitude.”  (Rom 8, 29) Et si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? “Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais L’a livré pour nous tous.”  (Rom 8, 32)

Mais attention! On ne bafoue pas l’Esprit impunément. À ceux qui tombent après “avoir été illuminés, avoir goûté le don céleste, participé à l’Esprit-Saint, il est impossible de les renouveler une seconde fois dans la pénitence car, pour leur part, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et Le vouent à l’ignominie.”  (Heb 6, 6) En effet, si nous péchons volontairement après “qu’il nous a été donné de connaître la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour le péché... De quel châtiment ne pensez-vous pas que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, profané le sang de l’alliance par lequel Il a été sanctifié, et outragé l’Esprit de la grâce?”  (Heb  10, 29)

Paul prêche l’unité entre les frères: “Que le Dieu de persévérance et de réconfort vous donne d’avoir les uns pour les autres les mêmes sentiments, selon le Christ Jésus, afin que, d’un seul cœur et d’une seule voix, vous glorifiiez le  Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ.”  (Rom 15,6)

La Résurrection

Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. Mais Paul croit profondément à la Résurrection du Christ, et à la nôtre. Parlant de la résurrection des morts à la fin des temps, Paul dit: “Ce sera la fin quand Il (Jésus) remettra le Royaume à Dieu le Père...“ (1 Cor 15, 24) Quand toutes choses Lui auront été soumises, alors le Fils Lui-même se soumettra à Celui qui Lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous.” (1 Cor 15, 28)

Par le Baptême nous sommes déjà ressuscités avec le Christ, et nous devons “rechercher les réalités d’en haut, là où est le Christ, assis à la droite de Dieu.” (Col 3, 1)

Quelques autres points de doctrine

Parlant de Jésus, Paul affirme: (2 Cor 1, 19) “Le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous... n’a pas été oui et non; en Lui il n’y a eu que du Oui. Toutes les promesses que Dieu a faites ont trouvé leur oui en Lui.”

Tous ceux qui ont été proches du Cœur de Dieu ont été de grands humbles. Pour que nous le devenions, nous aussi, et pour que nous le restions par la suite, Dieu permet que nous conservions quelques faiblesses: “S’il faut se vanter, c’est de ma faiblesse que je me vanterai. Le Dieu et Père du Seigneur Jésus -béni soit-il à jamais- sait que je ne mens pas...”  (2 Cor 11, 30 et 31) Aux humbles, Dieu se révèle: “Il a plu à Celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère et appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi, pour que je L’annonce parmi les païens.”  (Gal 1, 15 et 16) et Paul “vit dans la foi au Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui.” (Gal 2, 20)

“Dieu a envoyé son Fils né d’une femme... afin de faire de nous des fils adoptifs. Et la preuve que vous êtes fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: Abba! Père! Ainsi donc tu n’es plus esclave, mais fils, et si tu es fils, tu es aussi héritier de par Dieu.”  (Gal 4, 4 à 7)

L’action de grâce de Paul

– Paul, au milieu de ses épreuves, “bénit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation.”  (2 Cor 1, 3)

– Paul remercie Dieu qui sauve les hommes: “béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, dans les cieux, nous a comblés de toute bénédiction spirituelle dans le Christ...” (Eph 1, 3) Les Thessaloniciens se sont convertis à Dieu pour “servir le Dieu vivant et véritable, et pour attendre des cieux son Fils qu’Il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous sauve de la colère qui vient.”  (1 Th 1, 9 et 10)

Saint Paul remercie aussi pour l’Église d’Éphèse: “Que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation.” (Eph 1, 17) “Par lui (le Christ) les uns et les autres, nous avons accès auprès du Père dans un seul Esprit.”  (Eph 2, 18) Et il prie pour les Thessaloniciens: “Que notre Dieu Lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus-Christ dirigent notre route vers vous.” (1 Th 3, 11) Ou encore: “Que notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donné, par sa grâce, consolation éternelle et bonne espérance, consolent vos cœurs et les affermissent en toute bonne œuvre et parole.” (2 Th 2, 17)

– “Rendez grâce en tout temps et pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.” (Eph 5, 20-)

– “Paix aux frères, amour et foi de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ.” (Eph 6, 23)

– “A vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ.” (Phil 1, 2)

– “Avec joie vous rendrez grâce au Père... Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la Rédemption, le pardon des péchés.” (Col 1, 12 à 14)

– “Tout ce que vous dîtes, tout ce que vous faîtes, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant grâce par Lui à Dieu le Père.” (Col 3, 17)

L’hymne à l’obéissance du Christ

“Ayez entre vous les sentiments mêmes du Christ: Lui qui était de condition divine, n’a pas considéré comme une proie le rang qui L’égalait à Dieu, mais Il s’est au contraire anéanti Lui-même, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, dans son comportement, reconnu pour un homme. Il s’est abaissé Lui-même, devenant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la Croix. C’est pourquoi Dieu L’a souverainement exalté et Lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au Nom de Jésus tout genou fléchisse aux Cieux, sur terre et au séjour des morts, et que toute langue proclame que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père.” (Phil 2, 5 à 11)

Ensemble nous travaillons à l’édification du Corps du Christ, “jusqu’à ce que tous ensemble nous parvenions à l’unité de la foi et de la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état  d’homme parfait, à la taille  qui convient  à la plénitude  du  Christ.” (Eph 4, 13)

La Révélation du Père dans les Épîtres  de Saint Pierre

Saint Pierre commence sa première épître par un acte de foi. “Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ.” (1 Pi 1,3) Plus loin, il précise: les chrétiens ont été affranchis “non par des biens périssables... mais par le sang précieux du Christ, cet agneau sans défaut et sans tache, prédestiné dès avant la création du monde et manifesté pour vous à la fin des temps. Par Lui vous croyez en Dieu qui L’a ressuscité des morts et L’a glorifié, de sorte que Dieu est tout ensemble l’objet de votre espérance.” (1 Pi 1,18 à 21) Dans sa deuxième épître Saint Pierre ajoute: “Notre Seigneur Jésus-Christ a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque, du sein de la gloire magnifique, cette voix se fit entendre: ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis mes complaisances.’ Nous-mêmes avons entendu cette voix venant du Ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte.” (2 Pi 1, 17 et 18)

La Révélation du Père chez Saint Jean

Comme Saint Paul, Saint Jean écrit “de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ, Fils du Père, dans la vérité et l’amour.” (2 Jean 3) De même, aux sept églises de l’Apocalypse, Jean écrit: “de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts et le Prince des rois de la terre. A celui qui nous aime, qui nous a lavés de nos péchés par son sang, et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père, à Lui gloire et puissance pour les siècles des siècles! Amen!” (Apoc 1, 5 et 6) 

Les écrits de Saint Jean confirment ou complètent son Évangile.

D’abord son témoignage: “Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, vu de nos yeux, contemplé et touché de nos mains concernant le Verbe de vie -car la vie s’est manifestée et nous l’avons vue, nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous- ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, afin qu’à votre tour vous soyez en communion avec nous. Nous sommes, nous, en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout cela, nous vous l’écrivons pour que votre joie soit complète... Nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché.” (1 Jean 1, 1 à 4 et 7) “Nous avons un Défenseur auprès du Père: Jésus-Christ, le juste...” (1 Jean 2, 1)

“Nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’Amour de Dieu pour nous et nous y avons cru. Dieu est Amour, et celui qui demeure dans son Amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.” (1 Jean 4, 14 à 16) “Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné le discernement pour connaître le Véritable, et nous sommes dans le Véritable en son Fils Jésus-Christ.” (1 Jean 5, 20)

Et “voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu parmi nous: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés...” (1 Jean 4, 9 et 10)

Ce témoignage de Jean est fondamental. en effet: “L’Antichrist, c’est celui qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils ne possède pas non plus le Père; celui qui confesse le Fils possède aussi le Père.” (1 Jean 2, 23) Or ”c’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu s’est manifesté...” (1 Jean 3,8)“Demeurez dans le Fils et dans le Père.” (1 Jean 2, 24) “Quiconque ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède pas Dieu; celui qui demeure dans cette doctrine possède, lui, le Père et le Fils.”  (2 Jean 9) Désormais, “quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu, et quiconque aime Celui qui l’a engendré, aime aussi Celui qui est né de Lui...”  (1 Jean 5,1)

“Qui est en effet le vainqueur du monde sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?” (1 Jean 5, 5) “Celui qui croit au Fils de Dieu possède ce témoignage en lui... Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n’a pas le Fils n’a pas la vie.” (1 Jean 5 10)

Voici le grand Commandement  de Dieu

“Voici son commandement: croire au Nom de son Fils Jésus-Christ et nous aimer les uns les autres comme Il nous l’a ordonné. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui.” (1 Jean 3, 23 et 24)

Enfin, à celui qui aura aimé et gardé les commandements de Dieu, Jean promet la victoire et la vie éternelle. Ainsi, dans l’Apocalypse, à l’église de Thyatire, le Fils de Dieu déclare: “Au vainqueur, à celui qui garde mes œuvres jusqu’à la fin, Je donnerai pouvoir sur les nations... ainsi que J’ai moi-même reçu pouvoir de mon Père.” (Apoc 2, 26 à 28)

À l’église de Sardes, il dit: “Le vainqueur sera pareillement habillé de blanc; je n’effacerai pas son nom du Livre de vie; Je proclamerai son nom devant mon Père et devant ses anges.” (Apoc 3,5)

Enfin, au vainqueur appartenant à l’église de Laodicée, Il promet: “Au vainqueur, Je donnerai de s’asseoir avec Moi sur mon trône, comme Moi-même, après ma victoire, Je me suis assis avec mon Père sur son trône.” (Apoc 3, 21)

1-3-Conclusion

Le Nouveau Testament est la Parole de Dieu incarnée dans la personne humaine  de  Jésus et rappelée par les apôtres. L’Amour de Dieu pour les hommes et plus particulièrement pour son peuple était déjà pressenti dans l’Ancien Testament. Dieu se présente plein de tendresse, de la tendresse d’une mère, plus tendre encore qu’une mère: “Même si une mère oubliait ses enfants, Moi Je ne vous oublierais pas.”  dit Dieu. Grâce au prophète Osée et à l’Époux du Cantique des cantiques, on comprend que Dieu aime les hommes d’un amour de préférence, d’un amour jaloux, comme un amant aime sa bien-aimée, comme un époux trouve ses délices dans l’épouse. Mais Jésus, la Parole de Dieu, révèle pleinement, par ce qu’Il est et par ce qu’Il enseigne clairement, la véritable nature de Dieu, la véritable identité du Père avec qui Il ne fait qu’un: l’Amour. Nous savons enfin que Dieu Trinité est Amour.

Toute la Révélation est contenue dans le Nouveau Testament. Mais il faut parfois la préciser, l’expliciter, la méditer et l’approfondir. Ce sera l’œuvre de la contemplation des théologiens et surtout des mystiques qui, peu à peu, avec la grâce de Dieu et l’assistance de l’Esprit, approfondiront les dimensions sans mesure de la Charité de Dieu-Amour par l’intermédiaire de la Charité de Jésus, Charité que progressivement au cours des siècles on se mettra à appeler le Cœur: le Cœur de Jésus, le Sacré-Cœur, le Cœur Eucharistique, donc le Cœur du Père, c’est-à-dire le Cœur de Dieu. 

2

Le Cœur de Jésus à travers les révélations des mystiques

(Les dénominateurs communs)

Jésus nous a révélé ce qu’Il était vraiment: le Fils du Père, qui plus est, le Fils unique, le Fils Bien-Aimé du Père. Jésus a révélé à ses disciples qu’Il ne faisait qu’un avec le Père: “Le Père et Moi nous sommes UN.” Jésus a montré que Dieu était Amour, et qu’Il était, Lui, doux et humble de cœur. Sa mort sur la Croix et sa transfixion nous ont montré à quel point Il nous aimait. La preuve, c’est qu’Il a donné sa vie pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Peu à peu les mystiques ont su dégager de son côté ouvert et de son Cœur transpercé la réalité et la profondeur de son Amour pour nous, ainsi que la souffrance et toute la tendresse de son Sacré-Cœur, ce Cœur sur lequel Saint Jean aimait se reposer.

Jésus révèle le Père. Quand nous connaîtrons le Cœur de Jésus, nous connaîtrons le Cœur du Père. Avant de mettre en évidence comment les mystiques ont “vu” le Cœur du Père, il convient de déterminer, parmi les révélations reçues par les mystiques sur le Cœur de Jésus, les principaux dénominateurs communs, c’est-à-dire les traits de caractère du Cœur du Seigneur qu’ils ont tous expérimentés. On a ainsi le maximum de chances, non seulement de ne pas s’égarer, mais de cerner au mieux la réalité de ce que Jésus a voulu faire connaître de son Cœur.

2-1-Le Cœur de Jésus, c’est d’abord un Cœur brûlant d’amour

La notion du Cœur brûlant d’Amour revient sans cesse, comme un leitmotiv. Le Cœur de Jésus est un incendie du feu divin chez Angèle de Foligno et Lucie[3], un feu de pur Amour, une puissante fournaise pour Gertrude d’Helfta[4]. Il brûle d’Amour pour tous les hommes, pour Catherine de Sienne, Bernardin de Sienne et Marguerite-Marie, d’un  Amour extraordinaire pour Gertrude. Il brûle du désir de donner, de régénérer les âmes, comme le précise Marie Sevray. Le Cœur de Jésus déborde d’Amour pour nous, mais, selon Brigitte de Suède,  c’est un Amour souffrant qui a soif des âmes, pardonne aux repentis et court avec ardeur vers ses fils égarés. Le Cœur de Jésus, blessé d’Amour pour nous est, pour Gertrude et Albert le Grand, un foyer embrasé, un torrent de feu pour Lucie, une fournaise ardente prête à nous consumer selon Vassula[5], un abîme d’Amour pour Josefa; car Jésus veut réchauffer notre monde si froid. Mais le Cœur de Jésus, embrasé d’Amour, c’est encore une lampe ardente, et un encensoir d’or, pour Gertrude. 

"Jésus est amoureux de nous, d’un Amour constant et éternel" (Françoise). De son Cœur, coulent des fleuves d’eau vive pour celui qui croit en Lui (Marie Sevray). Le Cœur de Jésus, c’est une fontaine d’Amour (Saint Bonaventure), une fontaine qui fertilise, un océan infini d’Amour, un puits d’eau vive, (Vassula) une lumière claire et vivifiante (Angèle). Le Cœur de Jésus est doux et limpide comme une source (Lucie). C’est un ouragan d’Amour, un déluge de Miséricorde (Lucie).

Le Cœur de Jésus manifeste son Cœur débordant d’Amour dans la tendresse. Cette tendresse de son Cœur est la facette essentielle sous laquelle Jésus se révèle à Françoise. Jésus aime les faibles, les petits, les humbles, les incapables. Les mots-clés qui nous font comprendre le Cœur de Jésus sont: tendresse, faiblesse, humilité, abandon.

C’est l’Amour qui dirigea la vie de Jésus. C’est l’Amour qui créa l’homme, qui lui donna les sacrements, c’est l’Amour qui conduisit Jésus à donner sa vie pour les hommes, à leur donner les sacrements. C’est l’Amour de Jésus qui transforme les hommes et les divinise. (Sœur Joséfa)

Mais Jésus, en retour, a besoin de notre amour pour nous conduire à l’union intime de nos cœurs avec le Sien, pour fusionner l’Amour divin avec l’amour humain (Françoise). Jésus veut qu’on L’aime, qu’on Lui fasse confiance, qu’on s’abandonne à Lui (Josefa, Faustine et bien d’autres). Le Cœur de Jésus demande l’amour, Il veut la confiance et l’humilité (Consolata). Il veut surtout notre sainteté...

Le véritable amour est humble, généreux, désintéressé. C’est ce qu’est l’Amour du Cœur de Jésus pour son Père et pour nous (Josefa).

2-2-Le Cœur de Jésus, c’est la manifestation actualisée du Mystère Pascal

Il y a sur ce point une quasi totale unanimité. Tous les mystiques, de Sainte Mechtilde et Sainte Gertrude d'Helfta, aux mystiques modernes, en passant par les grands théologiens comme Saint Thomas d’Aquin, ou Saint Jean Eudes, puis Sainte Marguerite-Marie, tous, sans exception, relient le mystère du Cœur de Jésus à l’Eucharistie et au Mystère Pascal.

L’Eucharistie peut être considérée comme le sommet de la charité de Dieu et la consolation de l’âme, (Angèle) ou le sacrement de l’union de l’âme avec son Dieu, un feu qui veut se répandre et manifester sa tendresse. (Gertrude) Le Fils, la Victime pascale, don du Cœur du Père pour notre rachat, le doux Agneau immolé, c’est la nourriture de nos âmes. (St Bernard et Ste Catherine) L’Eucharistie est une folie d’Amour, le plus grand mystère de l’Amour (Josefa).

Le Cœur de Jésus, c’est surtout son Cœur Eucharistique

À certains mystiques, Jésus a fait comprendre que tout son Mystère Pascal se trouvait résumé dans l’expression: Cœur Eucharistique. Le Cœur Eucharistique, c’est l’apothéose de l’Amour de Dieu pour son peuple. C’est le Cœur douloureux de Jésus caché dans l’Eucharistie, car la Croix et l’Amour de Jésus ne font qu’un (Lucie).

Le Cœur Eucharistique et la Rédemption

Le Cœur Eucharistique de Jésus, réalité du Mystère Pascal pour nous qui vivons aujourd’hui, Cœur glorieux mais surtout Cœur douloureux, délaissé, humilié, le Cœur Eucharistique est lié à la Croix, donc à la Rédemption du monde et au pardon des péchés. Jésus qui nous a donné sa chair à manger avant d’être livré pour nous et crucifié, demande amour, réparation et consolation. On pourrait citer ici les saintes Lutgarde, Gertrude, Marguerite-Marie, mais aussi les saints Jean Eudes, Alphonse de Liguori, Louis-Marie Grignon de Montfort, et plus près de nous, Lucie, Vassula, etc. Tous ont pleuré sur les plaintes de Jésus, sur son Cœur doux, humilié, méconnu, mal aimé et pourtant dévoré de passion pour les hommes.

Le Cœur de Jésus a soif des âmes. Son Cœur palpite d’Amour. Ce cri de Jésus revient souvent chez tous les mystiques avec une intensité et une insistance parfois obsédantes. C’est particulièrement vrai chez Catherine de Sienne, pour qui l’Amour du Père et du Fils pour les hommes est une folie (le Père sacrifie son Fils qui se laisse sacrifier) et pour les mystiques modernes, Josefa, Consolata et sœur Faustine, entre autres.

Le Cœur Eucharistique de Jésus, Cœur vivant et palpitant d’Amour quoique caché sous les apparences du pain et du vin consacrés, est triste à la vue des âmes qui se perdent. Il souffre de l’indifférence des hommes et surtout de ses âmes consacrées. L’angoisse de Jésus, c’est le salut des âmes (Consolata). Il aime toutes les âmes et a soif de leur salut. Il nous attend au tabernacle, et sa plus grande peine est de ne pas trouver de correspondance à son Amour (Josefa).

Le souci du salut des âmes est souvent doublé, de la part du Seigneur, d’un autre souci, celui de sa sollicitude pour ses prêtres et pour ses âmes consacrées. Il est blessé par les imperfections des âmes choisies, tièdes, qui ne se fient pas à sa bonté, qui ne veulent pas ressentir l’intimité de son Cœur. (Faustine) C’est toujours un cri d’Amour, parfois accompagné d’un cri de colère, ou même de détresse à l’attention des prêtres et religieux qui ont perdu leur ferveur, ou même, qui ont trahi leurs vœux (Catherine de Sienne, Josefa). Jésus a une prédilection pour ses âmes choisies, Il demande leur amour et Il souffre quand elles ne répondent pas à son Amour (Josefa).

Le Cœur de Jésus est triste quand on le délaisse au Tabernacle. Cela, Jésus  l’a fait comprendre à tous les mystiques, mais, à Faustine il dira clairement: ”Ma fille, n’omets jamais la Sainte Communion, à moins que tu saches que tu es tombée gravement.”  À ce propos le Cœur de Jésus rappelle l’importance de la confession, manifestation de sa Miséricorde.

Toujours à propos de l’Eucharistie, Jésus précise à sainte Faustine: “De plus, qu’aucun doute ne t’arrête pour t’unir à Moi dans mon Mystère d’Amour. Tes menues fautes disparaîtront dans mon Amour comme un brin de paille jeté dans un grand brasier. Sache que tu M’attristes beaucoup quand tu Me délaisses dans la Sainte Communion... Pour les âmes Je demeure dans le tabernacle, comme Roi de Miséricorde. Je désire combler les âmes de grâces, mais elles ne veulent pas les accepter... Oh! comme cela M’attriste que les âmes n’aient pas compris l’Amour. Elles se conduisent envers Moi comme envers une chose morte... Toi, au moins, viens vers Moi le plus souvent possible et prends ces grâces qu’elles ne veulent pas, ainsi tu consoleras mon Cœur... J’attends les âmes, mais elles sont indifférentes envers Moi. Je les aime si tendrement et si sincèrement, et elles se défient de Moi... et pourtant J’ai le cœur plein d’Amour et de Miséricorde.” 

Et aussi: “J’entre dans certains cœurs comme pour une seconde Passion.” (Faustine)

À Faustine Jésus dit encore: “Dans le très Saint Sacrement Je suis tout entier pour toi, Ame, Corps et Divinité, comme ton Époux. Tu sais ce qu’exige l’amour: une seule chose, la réciprocité.”

Pourtant Jésus trouve ses délices dans les âmes religieuses à condition qu’elles soient fidèles et ferventes. Il demande à Faustine d’écrire à l’attention des âmes religieuses: “Écris pour les âmes religieuses que mon délice est de venir dans leur cœur par la Sainte Communion. Mais si dans ce cœur il y a quelqu’un d’autre, Je ne peux le supporter et J’en sors au plus vite, emportant avec Moi tous les dons et les grâces que J’avais préparés pour elle, et l’âme ne s’aperçoit même pas de ma sortie...”

À Sœur Faustine Jésus indique qu’Il veut des âmes consacrées fidèles, ferventes, qui veillent avec Lui au tabernacle et Le consolent. À Marie Sevray, Jésus exprime "ses désirs de voir des âmes qui Le suivent, qui L’aiment, car son Cœur, c’est le Cœur de Dieu." Il veut des âmes intérieures qui Le regardent, qui ne se laissent pas prendre par le torrent des activités dans lesquelles elles sont plongées, qui prennent conscience de sa présence dans le tabernacle (Marie Sevray).

Le Cœur de Jésus appelle les hommes aux sacrements de son amour. Jésus veut être aimé, Il veut être consolé (Josefa).

Jésus veut être consolé! Il s’est immolé en victime et recherche des âmes qui réparent, des victimes pour L’accompagner sur le chemin de la Rédemption (Josefa, Faustine et de nombreux autres mystiques). Jésus a besoin de ces âmes-victimes pour participer avec Lui au salut des âmes (Consolata). À certaines âmes Il ira même jusqu’à demander, avec la confiance et l’abandon à sa volonté, l’offrande de leur vie (Françoise).

2-3-Le Cœur de Jésus, c’est aussi l’infinie Miséricorde de Dieu qui se manifeste. Mais la Miséricorde appelle l’humilité

Le Cœur de Jésus est immensément bon. C’est un déluge de miséricorde pour Lucie. Selon Consolata, Il est la Miséricorde. Jésus se livre à ses ennemis et à la mort pour le salut de tous les hommes. La plupart des mystiques se sont longuement attardés sur ce thème de la bonté, de la Miséricorde de Dieu et du salut des hommes. La Miséricorde du Cœur de Jésus est notre meilleur avocat, mais Jésus demande que l’on s’abandonne complètement à son Amour, jusqu’à l’offrande amoureuse de soi-même. Cette offrande faite à Jésus ou au Père supplée à nos manquements (Gertrude). Jésus, toute bonté, est toujours prêt à pardonner les fautes de ses enfants repentants.

La soif des âmes

Car Jésus a soif des âmes. Il pardonne à qui se repent. Cela, tous les mystiques le rappellent. Il est l’Amour et la Miséricorde.

Le Cœur de Jésus est toujours disposé à pardonner et à consoler, mais s’Il est miséricordieux, Il ne manque pas d’indiquer que pour parvenir jusqu’au Cœur de Dieu, l’âme repentante et pardonnée doit être animée d’une vraie contrition et d’une grande humilité. Seul l’humble peut approcher du Jésus doux et humble, affirme Brigitte de Suède.

Il convient de signaler que le Cœur miséricordieux de Jésus est, parmi les nombreuses facettes du Cœur de Jésus, celle qui a le plus retenu l’attention de Thérèse de Lisieux, de Joséfa et de Sœur Faustine. À ce propos, signalons que Sœur Faustine fut particulièrement chargée de faire connaître au monde la Miséricorde de Dieu et plus spécialement le Cœur miséricordieux de Jésus. Tout commence par Ma miséricorde, dit Jésus, et tout se termine par la Miséricorde. Car le Cœur doux et humble de Jésus est compatissant et plein de pitié.

Jésus fit trois demandes à sainte Faustine:

            – la réalisation d’une image exprimant la Miséricorde de son Cœur et réclamant notre confiance.

            – la création de la fête de la Miséricorde. En énonçant les grâces qui seront déversées ce jour-là, Jésus promet: “En ce jour les entrailles de ma Miséricorde seront ouvertes. Je déverserai tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma Miséricorde; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition; en ce jour seront ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate. Ma Miséricorde est si grande que, pendant toute l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique, ne saurait l’approfondir...”

            – la récitation d’un petit chapelet donné par Jésus. À Sœur Faustine Jésus fit la promesse suivante: “Les âmes qui réciteront ce chapelet seront enveloppées par ma Miséricorde pendant leur vie et surtout à l’heure de la mort...”

Autres facettes revenant souvent

L’humilité et l’obéissance

Le Cœur de Jésus est aimant et tendre comme celui d’une maman. (Lucie) Il est doux et humble. La nécessité pour les âmes d’acquérir l’humilité, vertu essentielle, fondement de toutes les autres vertus, revient sans cesse chez absolument tous les mystiques. Cette vertu est tellement importante qu’ils se  sont tous attachés à montrer l’humilité de Dieu, (Catherine de Sienne) et plus particulièrement l’humilité du Cœur de Jésus, le doux agneau immolé. Cette douceur et cette humilité du Cœur de Jésus vont de pair avec sa pauvreté, l’ensemble constituant la véritable Règle d‘amour dont Jésus nous a donné l’exemple. Le Cœur de Jésus nous veut saints et humbles, serviteurs, pauvres et soumis, totalement abandonnés à son Amour. (Lucie)  Car la sainteté est le point de départ de l’union à Dieu

Le Cœur de Jésus est obéissant. Cette facette est également très importante chez les mystiques du Cœur de Jésus. Chez Catherine de Sienne particulièrement, on voit le Père, pourtant plein de clémence pour les pécheurs pénitents, plein de patience et plein de compassion pour ses enfants perdus, (Saint Bernard) rester en admiration devant l’obéissance de son Fils qui a accepté et vécu, dans leur perfection, chacun de ses ordres, même les plus difficiles, pour le salut des hommes. (Catherine)

Le Cœur de Jésus nous introduit au cœur de la parfaite unité avec le Père, donc au Cœur de la Trinité.

Le Cœur de Jésus, le Dieu d’Amour, demande notre amour et notre sainteté qui est un des fruits de l’Amour avec l’union à Dieu (Consolata). Le Cœur de Jésus nous veut donc humbles, saints, obéissants, petits, mais pourtant souriants et joyeux(Josefa).

Et encore...

Enfin, on peut citer en vrac, d’autres facettes du Cœur de Jésus qui reviennent souvent. Le Cœur de Jésus, c’est un océan d’Amour et de Miséricorde. C’est le cœur des martyrs, des prophètes, de tous ceux qui ont fait, ou font la volonté du Père. Le cœur de Jésus est plein de bienveillance, c’est le puits de vie, un parterre de roses. C’est un parfum apaisant, un arbre plein de fruits, la source de la vie, notre bouclier. Il est plus doux que le miel. Le cœur de Jésus est immaculé. Plus resplendissant que le soleil, Il illumine, il éclaire, transfigure... C’est la lumière qui brille dans notre obscurité. L’amour de Dieu est folie, mais le Cœur de Jésus quoique souffrant est glorieux. C’est la sagesse, la paix des âmes et le bien suprême. Il transforme nos cœurs et les unit à son Cœur. Le Sang de Jésus, expression employée par Catherine de Sienne pour exprimer le Cœur de Jésus, ce Sang nous lave, nous purifie et nous donne la vie. Le Cœur lumineux de Jésus est un trésor de grâces et d’abondance (Lucie).

Enfin, il convient de signaler que, si le Cœur de Jésus conduit à la Croix, Il conduit aussi au mariage spirituel.

Il n’est pas inutile de résumer ici ce que, en retour, le Cœur de Jésus demande le plus souvent aux âmes: la foi, l’humilité, bien sûr, l’obéissance, la confiance, l’abandon à la volonté de Dieu, la miséricorde envers notre prochain. Le Cœur douloureux de Jésus veut non seulement notre amour, mais aussi notre souffrance acceptée. Enfin Jésus cherche des âmes victimes (Faustine).

2-4-Les encycliques sur le Cœur de Jésus.

Deux encycliques: Miserentissimus Redemptor et Haurietis Aquas in Gaudio ont repris et résumé la théologie du Cœur de Jésus et de son culte, tels que les mystiques les avaient compris et conseillés.

Miserentissimus Redemptor insiste plus particulièrement sur les thèmes douloureux de la révélation du Cœur de Jésus et sur la nécessité de réparer et de consoler le Cœur souffrant, offensé, méprisé, haï, rejeté.

Haurietis Aquas in Gaudio est, par contre, plus orientée vers la Charité du Cœur de Jésus, l’urgence de L’adorer, de Lui rendre grâce et de pratiquer le commandement de l’Amour. On entre alors dans les profondeurs de l’Amour Trinitaire et du Mystère Pascal, mystère qui aboutit à la transfiguration des passions humaines, et à la mise en œuvre de facteurs de guérison. Le Cœur de Jésus guérit, reconstruit, purifie, illumine, unifie l’amour. Pour Jean Paul II, le Cœur de Jésus nous conduira vers la civilisation de l’Amour.

3

Et si le Cœur du Père
révélait le Cœur de Jésus?

La révélation du Cœur de Jésus tel que nous le vénérons actuellement, dans son Sacré-Cœur ou dans son Cœur Eucharistique, est relativement récente, quoiqu’elle soit entièrement contenue dans les écritures. Pendant sa vie terrestre, Jésus a constamment fait connaître, par ses actes, la réalité de son Cœur aimant. Plus tard, ce sont les saints mystiques qui ont expérimenté l’Amour du Christ pour nous. Tous ont pressenti les insondables richesses s’écoulant de son Cœur transpercé. Tous ont connu l’obéissance indéfectible de Jésus pour son Père et l’union de sa volonté à la volonté du Père. Tous ont connu l’Amour du Fils pour le Père.

L’Amour du Fils pour le Père et pour tous les hommes constitue le fondement de la Révélation chrétienne. La vie du Fils sur la terre a été une permanente révélation de la profondeur de son Cœur. L’Évangile le révèle, les apôtres le révèlent, tous les mystiques et tous les saints en parlent. Pourtant la connaissance du Cœur de Dieu dans son acception amoureuse est beaucoup plus récente: c’est seulement au Moyen-Age que la richesse infinie de l’Amour de Dieu, exprimée par son Cœur, est enfin plus clairement explicitée.

Ainsi, dans le “Traité de l’Amour de Dieu” de Saint Bernard, ouvrage qui traite surtout de considérations d’ordre général, on trouve quelques phrases  permettant de déceler l’Amour infini caché dans le Cœur de Dieu. “Cœur de Dieu” car Saint Bernard parle de Dieu dans son aspect global, sans faire de distinction entre le Cœur de Jésus, le Fils, et le Cœur du Père. Dieu, il faut L’aimer dit-il, et “la raison pour laquelle on aime Dieu, c’est Dieu Lui-même; et la mesure de cet amour, c’est de L’aimer sans mesure... Quant à l’Amour de Dieu, c’est le sujet le plus doux à méditer, le moins périlleux à traiter, et pour les auditeurs, le plus utile.”

Allons plus loin dans la pensée de Saint Bernard: “Étant donné ce qu’est Dieu, que pouvait-Il nous donner de meilleur que Lui-même?... Il nous a aimés le premier. Il est donc digne d’être aimé en retour, surtout si l’on comprend bien qui est Celui qui aime, qui sont ceux qu’Il aime, et combien Il les aime... Dieu nous prévient par sa bonté, se fait aimer en retour par sa justice, et rien n’est plus doux que de L’attendre. Dieu a aimé ses ennemis (nous) et les a aimés gratuitement... et Dieu a de quoi confondre l’ingratitude des infidèles en invoquant le nombre infini de ses bienfaits (même matériels) dont l’homme fait un constant usage: les aliments, la lumière, l’air, etc.” Il est clair que c’est du Christ dont parle Bernard quand il dit: “Dieu (le Père), que pouvait-Il nous donner de meilleur que Lui-même?...”

Dieu, le Cœur de Dieu, bien que le terme ne soit pas employé, c’est l’Amour, l’Amour gratuit; c’est la bonté, c’est la Miséricorde. Cela, tous les disciples du Christ avant Saint Bernard l’avaient bien compris, sans cependant utiliser le mot: “cœur”. L’Ancien Testament avait senti l’Amour de Dieu mais en le restreignant au peuple élu, et il faudra attendre la venue du Messie, de Jésus, pour que l’on comprenne que cet Amour est universel, c’est-à-dire étendu à tous les hommes, et que nous soit révélé le Père.

Le Fils avait tellement parlé du Père pendant sa vie publique, et révélé l’Amour de Dieu pour tous les hommes, que la chose semblait aller de soi. Le Fils, d’ailleurs, ne cessait de se référer à Dieu, son Père. Dieu nous a aimés d’un Amour infini et gratuit. “C’est l’immensité qui aime, et l’éternité, et la charité suréminente de la science. C’est Dieu qui aime, Lui dont la grandeur n’a pas de fin, dont la sagesse est sans limite, dont la paix surpasse toute intelligence.”  (Extraits du Traité de l’Amour de Dieu - Troisième chapitre)

Mais ce qui beaucoup plus exceptionnel, c’est d’entendre le Père parler du Fils et manifester son Amour, un Amour plein de tendresse et d’affection pour son Verbe, le Fils, son Unique. Ce qui est exceptionnel, c’est de contempler le Père admirant le Fils et les perfections du Fils, surtout dans son obéissance ou son humilité. Cela, Saint Bernard l’avait pressenti, lui qui, dans son Traité de l’Amour de Dieu, nous le fait découvrir. Mais il faudra attendre le XIV ème siècle et Sainte Catherine de Sienne pour comprendre tout l’Amour et toute l’admiration que le Père porte au Fils.

3-1-Quand le Cœur du Père révèle le Cœur du Fils

Écoutons d’abord l’enseignement de Saint Bernard.

Évoquant les grâces nées de la Passion du Christ et de sa Résurrection, grâces qu’il compare à des fleurs fraîches et à des fruits offerts par l’Église, Saint Bernard écrit: “Ces fleurs et ces fruits réjouissent le Père dans son Fils, auteur de ces miracles. Et le Père s’écrie: voici que l’odeur de mon Fils est semblable à celle d’un champ fertile qu’a béni le Seigneur.” 

Saint Bernard évoquera par ailleurs le Mystère de l’Incarnation: “Qu’Il me baise d’un baiser de sa bouche.”  est-il dit dans le Cantique des cantiques, dont c’est la première parole. “Ce baiser, c’est le Verbe qui le reçoit du Père: un seul a reçu le baiser par lequel la plénitude divine fut corporellement insinuée dans la chair. Heureux baiser, baiser qui fut le plus généreux des dons, puisque ce n’est pas une bouche qui se posa sur une autre bouche, mais Dieu Lui-même qui s’unit à l’homme... C’est la paix conclue entre la terre et le Ciel. Car Il est notre paix, Lui qui a réuni toutes choses en une... Les plaintes de nos ancêtres exigeaient le saint baiser, c’est-à-dire la mystérieuse Incarnation du Verbe.” (Extraits des Commentaires sur le Cantique des cantiques ( 2è  Sermon)

L’amour du Père pour le Fils, nous le trouvons dans l’Évangile de Saint Matthieu (XI, 27) “Nul ne connaît le Fils sinon le Père; et nul ne connaît le Père sinon le Fils ou celui à qui le Fils l’aura révélé… car, dit Saint Bernard, le Père chérit le Fils d’un Amour tout particulier: souverain, Il aime son égal; éternel, son coéternel; unique, son Fils unique. Mais Il est aimé par son Fils d’un Amour qui n’est pas moindre, puisque le Fils meurt par Amour du Père ainsi qu’Il l’atteste Lui-même: afin que le monde sache que J’aime mon Père... (Jean XIV, 31) Cette connaissance mutuelle du Père et du Fils, cet amour réciproque, n’est pas autre chose que le baiser le plus doux, mais aussi le plus secret... C’est pourquoi, le Père baisant le Fils Lui communique, dans leur plénitude, les mystères de sa divinité et Lui insuffle la douceur de son Amour...”

“Mais à cet embrassement éternel et d’une extraordinaire félicité, aucune créature ne peut assister. Il n’est qu’un seul témoin de tant d’Amour mutuel et d’une si parfaite connaissance, c’est le Saint-Esprit qui procède de l’un et de l’autre...  On ne connaît ni le Père sans le Fils, ni le Fils sans le Père... La connaissance du Saint-Esprit est évidemment nécessaire; mais quand on connaît parfaitement le Père et le Fils, comment ignorerait-on la bonté de l’un et de l’autre, cette bonté qui est justement le Saint-Esprit... la bonne volonté du Père envoyant son Fils, et la bonne volonté du Fils qui Lui obéit, cette générosité du Père et du Fils, cet Amour, cette bonté de l’un et de l’autre, c’est le Saint-Esprit Lui-même.”  (Extraits des Commentaires sur le Cantique des cantiques – 8ème  Sermon)

Mais c’est vraiment Catherine de Sienne qui, écoutant et recueillant les paroles du Père, comprit l’Amour de son Cœur, et révéla véritablement l’Amour que le Cœur du Père porte au Fils, et par là même, le Cœur du Fils.

Remarque importante

Aux mystiques et à ses âmes choisies, c’est généralement Jésus qui se révèle Lui-même, qui révèle son Amour et son Cœur, ou qui révèle le Père. Ainsi, la plupart des mystiques, depuis ceux des origines du Christianisme jusqu’à nos jours, ont reçu leurs révélations de Jésus Lui-même, Jésus qui souvent montre son Cœur “qui a tant aimé le monde.”  La conséquence directe et obligatoire, mais pas toujours explicitement exprimée, est la révélation du Cœur du Père. Dans les Dialogues, la démarche de Dieu s’adressant à sa servante Catherine est inverse: c’est le Père qui révèle son Fils, avec un Amour et une complaisance tels que le Cœur du Fils est finalement amoureusement manifesté. Et cette double connaissance du Cœur du Père et du Cœur du Fils conduit irrésistiblement à découvrir le Cœur de la Trinité.

Le Père, la Vérité éternelle se manifestant, révèle “la douce Vérité -son Fils- qui envoie le feu de la clémence du Saint-Esprit.”  Dès qu’on aborde Catherine de Sienne, on sent et on le sentira bien souvent dans ses Dialogues, que le Père qui parle du Fils, et le Fils, se confondent. Ou, lorsqu’Ils ne se confondent pas, l’admiration et la tendresse du Père pour le Fils débordent véritablement: “Je vous envoyai le Verbe de mon Fils... C’est en souffrant dans son Corps, jusqu’à l’ignominieuse mort sur la Croix, qu’il apaiserait ma colère... J’agréai le sacrifice du Sang de mon Fils tout mêlé et pétri dans sa nature divine par le feu de ma divine charité qui fut ce lien qui le tint cloué et rivé sur la Croix. C’est pour vous soigner qu’Il vous donna sa vie.”  Car seul le Fils peut souffrir, le Père, Lui, ne souffre pas.

La Miséricorde

Catherine révèle les sentiments du Père pour le Fils et pour les hommes, l’Amour et la Miséricorde qui expliquent la Passion: “Dieu aima tellement sa créature qu’Il lui sacrifia son Fils unique pour qu’Il apaisât sa colère, pour qu’Il tirât l’homme de cette guerre issue d’Adam, pour qu’Il lavât dans son doux Sang le visage de l’âme, toute sale de péchés. Il fut notre intermédiaire entre Dieu et nous pour recevoir les coups de la justice. Il fut le médecin qui vint soigner le genre humain qui gisait malade... Ce doux Verbe ouvrit son Corps qui laissait couler du Sang par tous les côtés. Tout cela prouve bien l’Amour que Dieu a pour l’homme.“ (lettre 33) Ou encore: “poussé par le feu de sa charité, le Père nous a envoyé le Verbe de son Fils qui, tel un char de feu, est venu nous manifester l’ardeur de l’ineffable Amour du Père, ainsi que sa Miséricorde...”

Parlant des hommes rachetés par le Sang de son Fils, (et on sait l’importance  que Catherine de Sienne attribue au Sang de l’Agneau) Dieu dit: “Avec mon humilité (l’humilité de Dieu!), J’ai détruit sa superbe (celle de l’homme). J’ai humilié ma nature divine en me revêtant de votre humanité... J’ai accompli la réconciliation au moyen du Sang de mon Fils... Vous, les hommes, êtes tenus de Me glorifier et de Me louer en suivant les traces du Verbe Incarné, mon Fils unique.”  Dieu est ivre d’Amour pour le salut des hommes, et l’âme doit se “noyer dans la Miséricorde de Dieu. Je veux faire miséricorde au monde puisque la Miséricorde est mon apanage. C’est par Miséricorde et par Amour pour l’homme que J’ai envoyé le Verbe, mon Fils. Je L’ai comparé à un pont qui touche le ciel et la terre, grâce à l’union de ma nature divine et de votre nature humaine [6]...

Ou encore: “Le péché d’Adam a été guéri sur le bois de la très Sainte Croix avec le Corps blessé de mon Fils unique... mon très doux Fils, qui, par son obéissance vous a lavés de votre désobéissance... Lui a guéri vos plaies avec son propre Sang... Le bon berger a lavé ses brebis dans son Sang... J’ai souffert que ses mains fussent liées afin de vous libérer, vous et tout le genre humain, du péché qui vous enchaînait... J’ai supporté que ses pieds fussent cloués pour que son Corps devînt votre échelle; que son côté fût percé afin que vous vissiez le secret de son Cœur dont J’ai fait pour vous un refuge ouvert où il vous est loisible de voir et de goûter l’Amour ineffable que J’ai pour vous, lorsque vous y découvrirez ma nature divine unie à votre nature humaine... Le Sang ne vous est pas donné sans le feu qui vous enflamme, puisque c’est par feu d’Amour qu’il vous a été donné [7]...”  

Jésus est le Pont qui mène à Dieu

Voici ce que le Père confie à Sainte Catherine: “Je t’ai dit que nul ne peut venir à Moi que par Lui et c’est pourquoi J’en ai fait un Pont à trois marches. Ces trois marches représentent les trois états de l’âme, ou les trois puissances de l’âme: la mémoire, l’intelligence, et la volonté. La mémoire doit retenir mes bienfaits et ma bonté; l’intelligence doit considérer mon Amour ineffable manifesté par mon Fils unique qui doit demeurer l’objet, par excellence, de votre intelligence. Elle doit contempler en Lui le feu de ma Charité. La volonté doit alors s’unir aux deux autres puissances pour M’aimer et Me désirer, Moi, sa fin... Dès que l’âme a gravi la troisième marche, elle n’est plus seule... Lorsque l’âme a connu cette volonté, elle s’en revêt... elle ouvre et fixe l’œil de son intelligence, éclairée par la lumière, la foi, sur le Christ crucifié, mon Fils unique. Elle aime, elle suit sa doctrine: règle et voie des parfaits comme des imparfaits. Elle voit alors que l’amoureux Agneau, ma Vérité, leur donne une doctrine de perfection.” [8] 

Parfois le Père se laisse aller à contempler son doux et amoureux Verbe, son Fils si obéissant: “Il a couru avec une grande sollicitude à l’ignominieuse mort de la Croix, Il a accompli l’obédience qui Lui avait été imposée par Moi, son Père, sans se dérober, ni à la douleur, ni aux outrages, sans reculer, ni devant votre ingratitude, ni devant votre ignorance qui ne voulait point reconnaître un tel bienfait, ni devant les persécutions des juifs, ni devant les railleries, les affronts, les calomnies et les cris de la foule. Rien ne L’arrêta... afin que par son combat Il vous arrachât des mains du démon et vous libérât de la plus perverse des servitudes.” 

Ou encore[9]:“...tel un amoureux et un véritable obéissant, Il courut vers l’ignominieuse mort de la Croix pour vous donner la vie, non point en vertu de son humanité, mais en vertu de ma divinité que ma Providence a voulues unies pour punir la faute qui avait été commise contre Moi... Se dépouillant Lui-même, Il vous revêtit d’innocence et de grâce... C’est ainsi que j’ai revêtu l’homme, mais Je l’ai également réchauffé quand mon Fils, par les blessures de son Corps, vous manifesta le feu de ma Charité caché sous les cendres de votre nature humaine... Suivez-Le car nul ne peut venir à Moi le Père, sinon par Lui...”

Dieu admire ce Pont, son Fils unique: “... Regarde ce Pont qu’est mon Fils unique. Vois sa grandeur: Il touche le Ciel d’un côté et la terre de l’autre. Ce que tu vois est donc la grandeur de la déité unie à la terre de votre humanité. C’est pourquoi Je dis qu’Il remplit l’espace depuis le ciel jusqu’à la terre, grâce à l’union que J’ai consommée dans l’homme.”  

Toujours le Pont: avec quoi est-il bâti?

Le Père explique avec quoi et comment ce Pont est bâti. Et c’est encore pour le Père une occasion d’admirer son Fils: “Ce Pont est bâti avec des pierres maçonnées... Sais-tu ce que sont ces pierres? Les véritables et agissantes vertus. Ces pierres n’étaient point maçonnées avant la Passion de mon Fils... Mais maintenant ces pierres sont taillées et posées sur le Corps du Verbe, et mon doux Fils Lui-même les ajuste, pétrit la chaux et les maçonne avec son propre Sang... Par ma puissance, les pierres des vertus sont maçonnées sur Lui-même, car il n’est pas une vertu qui ne soit éprouvée en Lui, et c’est de Lui que toutes reçoivent vie... C’est Lui qui a mûri les vertus... afin que tout fidèle puisse avancer sans encombre, abrité par ma Miséricorde... qui descendit du Ciel lors de l’Incarnation de mon Fils... Tu vois donc que ce Pont est maçonné et qu’il est abrité par ma Miséricorde...” 

Cette Miséricorde a créé les hommes, et les a recréés dans le Sang du Fils. “C’est pour cela, poursuit le Père, que ma Charité a ordonné que vous soient administrés le Sang et le corps de mon Fils unique, tout Dieu et tout homme... Le Pont traversé, on arrive à la porte, partie du Pont lui-même, par laquelle vous devez tous passer. C’est pourquoi Il a dit: Je suis la voie, la vérité, la vie... et cette voie est le Pont qui vous conduit dans les hauteurs du ciel.”

“La mémoire doit retenir mes bienfaits et ma bonté. L’intelligence doit considérer mon Amour ineffable manifesté par mon Fils unique qui doit demeurer l’objet par excellence de votre intelligence. Elle doit contempler en lui le Feu de ma Charité...” 

Plus loin le Père précise: ”Nul ne peut marcher sur le Pont sans gravir les trois marches... Ceux qui n’ont pas atteint la première marche du Christ crucifié n’atteindront pas la deuxième, celle du Cœur.” Cette dernière phrase est importante. En effet, jusque là on était baigné dans le Cœur du Père par l’Amour du Père et du Fils, mais sans que le mot “Cœur” fut prononcé. C’est seulement au chapitre 59 du Traité de la Discrétion de Sainte Catherine de Sienne, que le mot Cœur apparaît pour la première fois.

3-2-Le Père et le mystère du Cœur du Fils

Parfois, le Père laisse apercevoir le mystère du Cœur de son Fils. Parlant de ceux qu’Il appelle les parfaits, “ivres et embrasés d’amour, ceux qui ont franchi les trois marches, qui ont réuni ces trois puissances de l’âme, les trois états représentés par les trois marches matérielles du Corps de Jésus-Christ, mon Fils unique,”  Dieu dit: “ Avec les pieds de la volonté ils sont arrivés à la blessure du côté où ils ont trouvé le secret du Cœur où, pour avoir tendu la coupe de leur âme, ils ont connu le Baptême de l’eau qui tire du Sang toute sa vertu. Où l’âme a-t-elle connu la dignité de se voir unie et pétrie dans le Sang de l’Agneau en recevant le saint Baptême? Dans la blessure du côté où elle a connu le feu de la divine Charité. C’est ce que montra ma Vérité (le Fils), s’il t’en souvient...“ 

Et le Père rappelle ce que Jésus dit un jour à Catherine: “... Mon désir du genre humain était infini, alors que les tourments et les souffrances que j’endurais étaient finis. Aussi n’est-ce point avec ce qui était fini que Je pouvais vous montrer tout l’Amour que J’avais pour vous, puisque mon Amour était infini. Je voulus donc, en vous montrant mon côté ouvert, que vous voyiez le secret du Cœur, afin que vous voyiez que J’aimais beaucoup plus que Je ne pouvais le montrer avec ma souffrance finie...”

Donc, dit le Père à Catherine: “Plonge-toi dans le Sang du Christ crucifié, de l’humble, du douloureux, de l’immaculé Agneau, mon Fils unique, en accroissant toujours ta vertu afin qu’en toi s’alimente le feu de ma divine Charité.”  Ou encore: “Que votre asile soit toujours le Christ crucifié, mon Fils unique; habitez et cachez-vous dans la caverne de son côté ouvert où vous goûterez, par amour, dans sa nature humaine, ma divine nature. Dans ce Cœur ouvert, vous trouverez ma Charité et celle de votre prochain, puisque c’est pour mon honneur à Moi, Père Éternel, et pour accomplir l’obédience que Je lui avais imposée pour votre salut, qu’Il courut à l’ignominieuse mort de la Croix...”

Le Père peut maintenant révéler les qualités essentielles du Cœur de son Fils

Le Cœur du Fils est doux et humble

Le Cœur du Fils est doux et humble; il est pauvre aussi, car pauvreté et humilité vont de pair. Écoutons le père parler de la pauvreté du Fils:[10] “... regarde ce doux et amoureux Verbe naître dans une étable, alors que Marie était en voyage... Lui qui était le feu de la Charité voulut pâtir le froid de son humanité... Au moment de sa mort, il fut dépouillé, dénudé et flagellé contre une colonne... C’est bien une règle d’Amour qu’Il vous a donnée puisqu’iI ne pouvait vous témoigner de plus grand Amour qu’en donnant sa vie pour vous...  Il vous a donné la vraie règle de l’humilité en se soumettant à l’ignominieuse mort de la Croix...

Le Cœur du Fils est obéissant, humble et patient

Le Cœur du Fils est aussi très obéissant: “Où trouve-t-on l’obéissance?...” demande le Père à Catherine. “Tu la trouves parfaitement achevée dans le doux et amoureux Verbe, mon Fils unique. Elle était si vive en Lui, cette vertu, que, pour l’accomplir, Il courut à l’ignominieuse mort de la Croix...”  Puis, s’adressant à Catherine: “Les clés de l’obéissance, Je les avais confiées aux mains du doux et amoureux Verbe, ma vérité... Le Verbe est venu, Il a pris en mains cette clef, Il l’a purifiée au feu de la divine Charité, Il l’a lavée avec son sang, Il l’a redressée avec le glaive de la justice, Il a forgé vos iniquités sur l’enclume de son propre corps...”

Suit un véritable hymne à l’obéissance: “Ô obéissance, tu te conformes au Verbe, mon Fils unique. Tu montes dans la nef de la très sainte Croix... Je veux que tu connaisses bien, dans l’humble Agneau immaculé, cette excellente vertu et que tu saches d’où elle procède. D’où vient que ce Verbe fut tellement obéissant?  De l’Amour qu’il eut pour mon honneur et pour votre salut. D’où lui vient cet Amour? De cette lumière qui lui faisait parfaitement voir la divine essence et la Trinité Éternelle. C’est ainsi qu’Il me voyait toujours, Moi, le Dieu Éternel... C’est parce qu’Il fut fidèle à son Père Éternel qu’Il courut comme un amoureux, et dans une glorieuse lumière, sur la voie de l’obéissance. Mais l’Amour n’est jamais seul... L’obéissance a une nourrice: l’humilité. On n’est obéissant que si on est humble. On n’est humble que si on est obéissant. L’humilité est la nourrice et la gouvernante de la charité: c’est son propre lait qui nourrit l’obéissance... Et c’est dans le doux Christ Jésus que vous trouverez l’humilité parfaitement accomplie.”[11]

“L’obéissance est un bien que vous avez pu connaître dans le Verbe qui vous a montré qu’elle est une règle puisqu’Il a obéi jusqu’à la mort ignominieuse de la Croix. C’est sur son obéissance, sur cette clef qui a ouvert le ciel, qu’est fondée votre obéissance, commune ou particulière...”  C’est la voie que le Christ nous a montrée en nous enseignant l’humilité, l’obéissance, la patience, la force d’âme et la persévérance, puisque “malgré les tourments, Il ne se débarrassa ni du joug de l’obéissance envers son Père, ni du joug de notre salut. Il les supporta au contraire avec une si grande patience qu’on ne l’entendit jamais pousser un cri ou une plainte. Il demeura fort et patient jusqu’à ce moment suprême où Il donna pour épouse au souverain Père l’humanité tout entière.” (lettre 35)

3-3-L’Église

Le Père a souvent entretenu Catherine de la dignité qu’Il a accordée aux prêtres. Revenant sur ce sujet et sur le respect qu’on leur doit, quelles que soient leurs fautes[12], Dieu aborde le mystère de l’Église de son Fils: “La clef du Sang de mon Fils unique a déverrouillé la vie éternelle qui avait été fermée par le péché d’Adam. Mais lorsque Je vous eus donné ma Vérité, le Verbe, mon Fils unique, Celui-ci par sa mort et sa Passion a détruit votre mort en vous baignant dans son Sang. C’est ainsi que son Sang et sa mort, par la vertu de ma nature divine unie à la nature humaine, ont ouvert la vie éternelle. A qui laissa-t-il les clefs de ce Sang? Au glorieux Saint-Pierre, à ceux qui l’ont remplacé, à ceux qui se succèderont jusqu’au jour du jugement.... Ainsi donc, le Christ de la terre détient les clefs du Sang...”  

Dieu le Père aime son Fils. Il l’aime avec tendresse et Il l’admire. Il admire son humilité, son obéissance, son Amour infini pour Lui, le Père, et son Amour infini pour les hommes pécheurs, mais qu’Il a voulu sauver. Quelle leçon pour nous! Mais en révélant son Fils, le Père insiste beaucoup sur l’unicité de Dieu: le Père et le Fils sont UN. La Trinité que Jésus n’avait révélée qu’en filigrane apparaît maintenant plus clairement.

Avant de poursuivre et de voir comment, chez les mystiques, le Cœur du Fils révèle le Cœur du Père, on peut déjà pressentir la réponse qui sera donnée à la question essentielle: et si le Cœur du Père et le Cœur du Fils c’était la même chose, le même Cœur, la manifestation vivante du même Amour, l’Amour en Dieu et l’Amour qu’est Dieu et l’Amour que Dieu donne, c’est-à-dire le Saint Esprit, la troisième Personne de la Sainte Trinité?  

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L’unicité de Dieu

Dieu est unique. Cela nous le savons depuis longtemps. En effet, la théologie de la Sainte Trinité, révélée en filigranes par Jésus, a été progressivement élaborée dès les premiers siècles du Christianisme. Il n’est pas indifférent de constater que plusieurs grands mystiques ont, de leur côté, reçu des révélations venant confirmer, en quelque sorte, ce que les théologiens mettaient en forme: la doctrine du plus grand Mystère de Dieu.

Saint Bernard de Clairvaux et Sainte Catherine de Sienne ont beaucoup insisté sur l’unicité du Père et de Fils.

Écoutons d’abord Saint Bernard

Parlant de la vie éternelle, Jésus affirme: “La vie éternelle, c’est de Te connaître, Toi qui es le vrai Dieu, et de connaître Jésus-Christ que Tu as envoyé.” Ceux qui connaissent le Père et le Fils et suivent l’Agneau, portent, gravés sur leurs fronts son Nom et le Nom de son Père: “Le Fils se révèle à qui Il veut, et de même, Il révèle le Père. Mais Il le fait par un baiser, c’est-à-dire par le Saint-Esprit.”  Ce mystère de l’amour du Père et du Fils a été révélé à Saint Jean, l’ami de l’Époux, à Saint Jean, le disciple que Jésus chérissait. “Jean puisa dans le sein du Fils unique ce que Celui-ci avait puisé dans le sein du Père.” (Jean XV, 15)  Jésus dit en effet: “Moi et mon Père nous ne sommes qu’un” et “Je suis dans mon Père et le Père est en Moi.”  (Commentaires du Cantique des cantiques - 8ème Sermon)

Ce baiser de l’Amour, ce baiser de l’unicité du Père et du Fils, Saint Bernard l’explicite encore davantage dans ses sermons suivants.

Le Cœur de Jésus, c’est le Cœur du Père, contenu dans le baiser: “Le Père donne et le Fils reçoit le baiser, ce baiser qui est le Saint-Esprit Lui-même, c’est-à-dire Celui qui est, entre le Père et le Fils, la paix inaltérable, le ciment solide, l’amour indivis, l’unité inséparable... Cette révélation qui se fait par le Saint-Esprit ne nous communique pas seulement la lumière de la connaissance, elle nous donne en même temps le feu de l’Amour.” (8ème Sermon) 

“Le Fils est dans le Père comme le Père est dans le Fils: leur unité est donc sans faille, et Ils sont vraiment deux en un... Entre le Père et le Fils, la nature, l’essence, la volonté, ne sont pas simplement accordées: elles ne font qu’un. Leur nature est identique à leur être, et leur volonté est leur essence même ou leur nature... Leur unité n’est pas obtenue, elle est native. D’une manière non seulement ineffable, mais incompréhensible, le Père et le Fils sont l’un en l’autre, chacun contenant l’Autre et contenu par Lui... Ils se contiennent mutuellement, sans participation... Oui, le Père est dans le Fils où Il s’est toujours plu à résider; et le Fils est dans le Père par qui Il ne cesse d’être engendré, sans jamais en être séparé... Le Père et le Fils ne font qu’un parce que leur essence est la même... Ils ne font qu’un seul Dieu, ou un seul Seigneur... Il n’existe qu’une essence, qu’une volonté.” (71ème Sermon)

Saint Bernard peut alors déclarer: “Le Cœur de l’Époux, c’est le Cœur de son Père.” (62ème Sermon) Et personne ne vient au Père si l’Époux ne l’attire: “Ceux que ton Père attire, tu les attires aussi, car les œuvres que fait le Père, le Fils les fait pareillement...” (21ème Sermon) C’est que le Verbe de Dieu, qui est Dieu même est aussi l’Époux de l’âme qui peut alors pénétrer dans le secret de l’Amour car le Verbe qui est Dieu... qui est Celui qui est, est la Sagesse de Dieu...” (51ème Sermon) De plus, “cet Époux n’est pas seulement un amant, Il est l’Amour... Dieu est Amour... Il exige d’être craint comme Seigneur, honoré comme Père, aimé comme Époux...” (83ème Sermon)

Cet amour ineffable nous dépasse infiniment et les hommes “n’ont jamais connu dans les affections humaines rien qui ait la tendresse manifestée par le Cœur du Très-Haut, tendresse exprimée ici par Celui qui pénètre les secrets de Dieu et ne peut rien ignorer de ce qui est en Lui, puisque c’est son propre Esprit...” (52ème Sermon)

L’Époux, le Verbe de Dieu, de condition divine, jouit de la Gloire du Père. Égal du Père, Il est assis à la droite du Père puisque “c’est là que doit résider le Fils unique, désormais à l’abri de tous les outrages. Il ne sera pas au-dessous du Père, mais à ses côtés... Car le Fils n’est ni inférieur au Père, ni venu après Lui.... Le Fils glorifie le Père comme le Père glorifie le Fils... Le Fils a reçu de son Père une gloire sans pareille, même au Ciel...” (76ème Sermon) “Nul n’est semblable à Dieu, sinon celui qui est la splendide image de son essence, le Fils du Très-Haut, qui peut seul, sans abus, se dire l’égal de Dieu. Il ne fait qu’un avec le Père, Il est assis à sa droite et non sous ses pieds.” (69ème Sermon)

On le voit, dans ses œuvres mystiques, Saint Bernard insiste beaucoup sur l’unicité et l’égalité du Père et du Fils: Ils sont un seul et même Dieu. Curieusement la Sainte Trinité est peu souvent nommée. Pourtant l’Esprit-Saint, qui est l’Amour du Père et du Fils, est constamment présent, mais implicitement, d’une manière voilée. Ce n’est qu’incidemment qu’il est nommé: “L’Esprit de l’Époux insuffla aux esprits des hommes un je ne sais quoi qui les prépara à recevoir l’Évangile de paix.”  Ou encore, à propos de la Vierge Marie: “Marie fut trouvée enceinte par le fait du Saint-Esprit.”  (78ème Sermon)  

Tournons-nous maintenant vers Catherine de Sienne

À plusieurs reprises Catherine insiste sur l’unicité de Dieu: le Père et le Fils sont une même chose. La connaissance du Père passe par la connaissance du Fils: l’âme qui cherche Dieu dans la sagesse du Fils est satisfaite par le Père qui “lui donne le Fils comme objet pour sa contemplation.”  En effet, à Philippe qui demandait à Jésus: “Montre-nous le Père et cela nous suffira.”  il fut répondu: “Qui Me voit, voit le Père, qui voit le Père Me voit.”

Car le Père et le Fils sont UN: “En se manifestant à vous, le Fils ne vous offrait que ce qu’Il avait reçu de Moi, le Père, car le Fils ne fait qu’une seule chose avec Moi.”  Plus loin, dans le Traité de l’Oraison, Dieu dit encore: “J’ai eu la prévoyance d’unir le don au Donateur, c’est-à-dire la nature divine à la nature humaine, de vous donner le Verbe, mon Fils unique, qui ne fait qu’une seule chose avec Moi et Moi avec Lui. Ainsi, par cette union, vous ne pouvez regarder le don sans Me regarder Moi-même qui suis le Donateur.”

Dieu est Miséricorde, pas seulement en cette vie, mais également dans l’autre. La Miséricorde de Dieu est présente même pour les corps ressuscités. Le Père révèle: “Je te parlais du bien qu’éprouverait le corps glorifié dans l’humanité de mon Fils unique qui, elle, vous donne la certitude de votre résurrection. Là ils exultent (les corps ressuscités) dans ses plaies toujours fraîches, dans les blessures de son Corps toujours ouvertes et qui clament continuellement miséricorde vers Moi, Souverain Père éternel.... Comme vous êtes en Moi vous serez en Lui parce qu’Il ne fait qu’un avec Moi.”

Mais, dès ici-bas, “Vous êtes les sarments de cette Vigne qu’est mon Fils... Je suis l’Ouvrier qui a planté la Vigne, mon Fils, dans la terre de votre humanité, afin que vous, sarments, unis à la Vigne, vous puissiez fructifier... En demeurant dans le Verbe, mon Fils, vous demeurerez en moi parce que Je ne suis qu’une seule chose avec Lui, et Lui avec Moi...

Le Père et le Fils ne font qu’un. Dieu le Père insiste: “Nul ne peut venir à Moi sans Lui car, Il ne fait qu’un avec Moi...La lumière de la foi fait discerner, connaître et suivre la voie et la doctrine de ma Vérité, le Verbe incarné... nul ne peut venir à Moi que par Lui et c’est pourquoi J’en ai fait un Pont à trois marches.”  Ou encore: ”En vous trouvant en Lui vous vous trouverez en Moi, mer pacifique, puisque Je suis une seule chose avec Lui et Lui une seule chose avec Moi.”

Deux personnes identiques s’aimant infiniment dans un même Esprit, Amour tellement puissant et intense qu’Il est la troisième personne de la très Sainte Trinité. Un seul Dieu, trois personnes... Un seul Cœur, le Cœur de Dieu que les hommes ont connu grâce à Jésus qui, nous faisant connaître son Cœur, nous fait connaître le Cœur de Dieu, le Cœur de la Trinité. Ce n’est pas très facile à comprendre: deux Cœurs distincts, celui du Père et celui du Fils, qui pourtant n’en font qu’UN, le Cœur de la Sainte Trinité.

Mais les hommes, sur la terre, n’ont vraiment connu que le Cœur de Jésus, ce Cœur qu’Il a fait connaître à ses apôtres, ce Cœur qui s’est révélé expressément à quelques mystiques. Le Cœur de Jésus qui est l’Amour, veut rassembler en Lui l’amour de tous les hommes qu’Il aime pour les porter au Père. Il veut réunir l’amour et les hommages des hommes et des élus, ainsi qu’en témoignent les visions symboliques de Saintes Gertrude. Car Dieu-Trinité, Dieu-relation car Dieu-Amour, ne s’aime pas seulement Lui-même. Par le Cœur de Jésus Il aime tous les hommes.

Cela, Sainte Gertrude d’Helfta l’avait déjà pressenti un siècle avant Catherine de Sienne

Rappelons que la vision de Gertrude rapportée ci-dessous est symbolique. Elle voit le Fils de Dieu, au sein de la glorieuse Trinité, présenter son Cœur sous la forme d’une cithare. Les âmes des religieux, en fait les âmes des fidèles sur la terre, unis au Cœur de Jésus dans un chœur mélodieux, chantent les louanges de Dieu, et, selon leur degré d’ardeur spirituelle, leurs chants résonnent plus ou moins:

“Ceux qui psalmodiaient sans dévotion particulière, mais seulement par routine..., ne produisaient qu’un sourd murmure sur les cordes basses. Mais ceux qui s’appliquaient dévotement à chanter la louange de la vénérable Trinité, ceux-là semblaient faire retentir au moyen du Cœur très saint de Jésus-Christ, une mélodie sublime et des sons très suaves, sur les cordes les plus sonores.”  Il sembla à Gertrude que “la toute resplendissante et toujours tranquille Trinité daignait s’incliner vers le très noble Cœur de Jésus. En présence de cette très Sainte Trinité, au sein de cette très Sainte Trinité, Il était comme une cithare touchée avec un art merveilleux et résonnant avec douceur.”  

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Chez les mystiques, le Cœur de Jésus
révèle le Cœur du Père

Nous avons vu dans les chapitres précédents, grâce à Saint Bernard et à Sainte Catherine de Sienne, comment le Cœur du Père révélait le Cœur du Fils. Ces deux mystiques se sont fortement attachés à montrer l’unicité du Père et du Fils: le Père et le Fils ne font qu’UN. Nous avons compris également que le Père et le Fils, unis dans leur Amour infini qui est l’Esprit-Saint, n’étaient qu’un seul Dieu dans la Sainte Trinité. Nous avons pressenti aussi que, si le Père et le Fils ne sont qu’UN, leurs deux Cœurs pouvaient aussi, quoique distincts, n’en faire qu’un.

Dans le chapitre premier de cette étude, nous avons contemplé Jésus ou ses apôtres, nous révélant le Père tout au long du Nouveau Testament. Nous venons de comprendre comment, dans certains cas, en particulier chez Catherine de Sienne,  le Cœur du Père révèle le Cœur du  Fils. Par ailleurs, et par le canal  de nombreux mystiques, Jésus nous a révélé son Cœur et souvent aussi le Cœur du Père. Le Père et le Fils ne faisant qu’UN, un seul Dieu, le Cœur du Fils et le Cœur du Père, unis dans le Cœur de la Sainte Trinité par leur Amour Éternel qu’est le Saint-Esprit, nous serons peut-être en mesure d’assurer que le Cœur du Père, c’est le Cœur du Fils.

Dans le chapitre 2 de ce travail, nous avons extrait les dénominateurs communs des révélations concernant le Cœur de Jésus, donc, en fonction de ce qui a été dit plus haut, les grandes lignes des caractéristiques du Cœur du Père, si aimant et si miséricordieux. Mais, pour en savoir plus sur le Cœur du Père, laissons maintenant Jésus, via le canal des mystiques, nous parler Lui-même du Cœur de son Père. Il le fera tellement mieux que nous! Et nous découvrirons alors, émerveillés, la réalité du Cœur de la Sainte trinité, c’est-à-dire le Cœur de Dieu Lui-même.

5-1-Quand Jésus révèle le Père. Le Père et le Fils sont UN

L’union du Père et du Fils: le Cœur du Fils, c’est le Cœur du Père

“Dieu a tant aimé les hommes qu’Il a donné son Fils unique afin que tout homme qui croit ait la vie éternelle.” Car n’oublions pas, qu’avant tout, Dieu est Amour et Miséricorde.

Dieu, montrant à Marie Sevray l’immensité de son amour pour sa créature, et pour l’homme particulièrement, mais malheureusement pécheur, donc séparé de Dieu, lui dit un jour: “...Alors, Moi, le Fils, en présence de la Souffrance (celle de l’Amour) de Moi, Créateur, Moi, le Fils, Je me suis levé, et J’ai demandé à mon Père d’aller réparer cette horrible chute, d’aller, pour Lui rendre l’œuvre de ses mains, afin qu’Il puisse s’y complaire encore. Des créatures, Il en a fait d’autres, mais nulle autre ne L’a ravi comme celle-là, la créature humaine, tel un caprice d’artiste... Je suis l’Être... La vie, J’avais comme besoin de la répandre, de la verser, parce que Moi qui suis la vie même, Je veux pouvoir Me retrouver en tout ce que J’ai créé... Puis la créature humaine... Ah! c’est là  surtout que J’ai épanché mon besoin de répandre la vie!”

La volonté du Père a guidé toute la vie du Fils. Par l’intermédiaire de Vassula, le Cœur de Jésus nous dit de Lui: “Mon Cœur, c’est le Cœur du Grand sacrifice; c’est le Cœur de la Nouvelle Alliance; c’est le Cœur de la Vraie Vigne; c’est le Cœur le plus proche du Cœur du Père; c’est le Cœur qui brille dans l’obscurité et que jamais les ténèbres ne pourront vaincre; c’est le Cœur du Verbe fait chair et qui a vécu parmi vous; c’est le Cœur qui vit dans votre cœur afin que vous tous deveniez le cœur de mon Cœur, et le Cœur de Notre cœur (de la Trinité). Le Cœur de Jésus, c’est le Cœur de la parfaite unité avec le Père, dans le Cœur de la Trinité.

Écoutons encore Jésus qui parle à travers Vassula: “Le Cœur de Jésus, c’est le Cœur des martyrs et des prophètes qui, de tout leur cœur, ont fait la volonté du Père et L’ont glorifié par leur persévérance, leur docilité et leur parfaite obéissance; c’est le Cœur de la complète Unité qui ne vous différencie pas les uns des autres puisque vous appartenez tous à ce Cœur; c’est le Cœur qui a prié le Père pour que vous soyez tous un en Nous ...”

C’est Jésus qui nous conduit au Père. Entendons-Le réconfortant Sœur Faustine, sa petite victime: “Je te vois très faible, c’est pourquoi Je te prends dans mes bras et Je te porte à la maison de mon Père. (1486)... Remets-toi entièrement à Moi à l’heure de la mort, et Je te présenterai à mon Père comme ma bien-aimée. Maintenant Je te recommande de joindre, de façon particulière, tes actes, même les plus minimes, à mes mérites, et alors mon Père les regardera avec amour comme Il regarderait les miens.” (1543) 

Sœur Faustine fut un jour enseignée par Jésus à prier ainsi: “Père Éternel, je T’offres le Corps et le Sang, l’Ame et la Divinité de ton Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier. Par sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous.” (475)

5-2-L’Esprit-Saint, le Cœur du Père et du Fils, et la Sainte Trinité

L’encyclique “Haurietis Aqua in gaudio” montre l’aspect trinitaire exceptionnel que l’on rencontre dans l’Amour du Père et du Fils et dans l’unité de leurs deux Cœurs. “La divine charité tire sa première origine de l’Esprit-Saint qui est, au sein de l’auguste Trinité, l’Amour personnel du Père et du Fils.”  Autrement dit: “La relation entre le chrétien et le Cœur de Jésus est un amour divinisé, versé dans le cœur du croyant par l’Esprit-saint. Elle participe ainsi à l’Amour de la personne du Fils à l’égard de la Personne du Père, Amour qui est l’Esprit même.

Et plus loin: “L’esprit Paraclet est l’Amour réciproque du Père et du Fils, envoyé par l’Un et l’Autre... Cette charité est un don à la fois du Cœur de Jésus et de son Esprit; et cet Esprit est Lui-même Celui du Père et du Fils; de Lui, l’Église a pris naissance pour se répandre merveilleusement dans tout l’univers.”

Plus tard, par l’intermédiaire de Lucie, Jésus précisera, à propos de l’Évangile: “L’Évangile, parole du Père, révélé par le Fils et inspiré par l’Esprit-Saint vient jusqu’à vous par cette chaîne d’Amour. L’Évangile né de l’Esprit doit être fécond, et la mission du Saint-Esprit sera toujours de faire naître des saints, d’appeler des âmes à la sainteté, car  l’Esprit de Dieu est saint et fécond.”

5-3-Dieu est Amour et Miséricorde. Le mystère de la Croix

Les “vingt premiers pas” d’Angèle de Foligno sont l’exposé de sa conversion. Viennent ensuite les extases et les révélations sur la Passion et l’Amour de Dieu pour l’humanité. Angèle entendit soudain: “Ma fille... mon temple, mon délice, le Cœur de Dieu tout-puissant se tient maintenant sur ton cœur.”  Dieu dit encore: “Il est si grand l’Amour que J’ai pour l’âme qui M’aime sans malice... Vois s’il est en moi autre chose que de l’Amour.” Angèle sentait vraiment le Cœur de Dieu dans son âme... “comme un feu de doux Amour.”

Gertrude d’Helfta, malade, pénétra un jour dans le Cœur de Jésus, “et reçut l’empreinte du sceau trinitaire, Feu d’Amour,... Feu Glorieux qui triomphera de sa volonté propre, Feu transformant ses scories en or pur et précieux, Puissante Fournaise.”

Un jour Jésus dévoila à Josefa comment l’Amour créa l’homme et agit envers lui, et comment c’est toujours l’amour qui inspira toute sa vie et tous ses actes:

            “C’est l’Amour qui créa l’homme et tout ce qui existe pour le mettre à son service.

            – C’est l’Amour qui inclina le Père à donner son Fils pour le salut de l’homme perdu par sa faute.

            – C’est l’Amour qui fit qu’une vierge très pure... consentit à devenir la Mère de Dieu et accepta toutes les souffrances que la Maternité divine devait lui imposer.

            – C’est l’Amour qui Me fit naître... dépourvu de tout.

            – C’est l’Amour qui Me cacha trente ans dans la plus totale obscurité et les plus humbles travaux.

Car l’Amour voyait, dans la suite des temps, beaucoup d’âmes Me suivre et mettre leurs délices à conformer leur vie à la Mienne!

Par le canal de Lucie, Jésus nous dira qu’en recevant sa Croix nous recevons son Amour, et, en recevant son Amour nous recevons son Esprit qui est l’Esprit d’Amour, l’Esprit-Saint. “L’Esprit-Saint illumine et domine la Croix de son Amour et de sa lumière.[13]  Il est l’Esprit de mon Cœur, Il est l’Esprit de ma Croix, Il l’anime... L’Esprit de la Croix, c’est l’Esprit d’Amour,..”  C’est l’Esprit du Père, donc l’Esprit de Dieu, car Dieu est Amour et le Cœur de Dieu est un feu.

Jésus dit aussi à une autre mystique: “Dieu est Amour: en créant l’âme, Il crée le désir d’aimer avec d’infinies nuances, en chaque être... L’âme souhaite cela: aimer et être aimée, c’est-à-dire vivre en Dieu... Aimer et être aimée: tout cela est compris dans mon Amour. Mais priez pour avoir la grâce de désirer l’Amour... Quand l’âme ouvre son cœur à l’Amour, rien ne peut arrêter l’élan de son créateur envers elle... “ (Françoise)

5-4-Les attributs de Dieu

Le Cœur de Dieu est humble.

Angèle de Foligno, la première, vit la profondeur de l’humilité de Dieu à l’égard des hommes.

Le Cœur de Dieu est tendresse

Les hommes ont oublié que Dieu était Amour et tendresse:“... ils croient qu’il leur faut vivre avec un Dieu qui refuse de se faire connaître à leur cœur... Ce sont les hommes de ces derniers siècles qui ont anéanti Mon Cœur, me faisant paraître comme un Dieu sourd et muet... Vous rendez mes agneaux esseulés et tristes... Parlez de la tendresse aux âmes et dîtes-leur que Ma Miséricorde déborde et que Je veux donner la joie.” (Françoise)

Le Cœur de Dieu est Miséricorde et veut le salut de toutes les âmes

Jésus a soif des âmes et supplie le Père pour elles. Un jour, Jésus priant avec Josefa s’adressa au Père: “Père, voyez ma soif de Vous donner des âmes... Ô mon Père, ne permettez pas que ces âmes se perdent... Mais sauvez-les, afin qu’elles Vous glorifient éternellement.”

De son côté, Sœur Faustine s’écrie: “Oh! Que la Miséricorde du Seigneur est grande: elle surpasse tous ses attributs. La Miséricorde est la vie des âmes. Sa pitié est inépuisable.” (611)

La miséricorde divine est le plus grand attribut de Dieu, Faustine nous l’a bien fait comprendre et le Seigneur lui a souvent demandé de la faire connaître. Faustine entendit aussi ces paroles: “Ma Miséricorde est passée dans les âmes par le Cœur humano-divin de Jésus, comme le rayon de soleil à travers le cristal.”  Et Faustine remercia le Père céleste de nous avoir envoyé Son Fils pour l’œuvre de la Rédemption du genre humain. (1062) Elle comprit que tout rapprochement avec Dieu nous vient par Jésus, et en Jésus. (528) Un autre jour, en 1936, le Seigneur lui dit: “... Je désire que toutes les sœurs et tous les enfants récitent le chapelet que Je t’ai enseigné... dans le but de fléchir mon Père par cette prière et de supplier la Miséricorde divine pour la Pologne. (714)  Ce chapelet, adressé au Père, met bien en évidence le fait que Dieu nous accorde sa Miséricorde seulement par les mérites de son Fils.

Au début: Notre Père... Je vous salue, Marie... Je crois en Dieu...

Sur les gros grains du chapelet:

            – Père Éternel, je t’offre le Corps précieux, le Sang, l’Ame et la Divinité de ton cher Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ.

            – En réparation de mes péchés et de ceux du monde entier.

Sur les petits grains:

            – Par sa douloureuse Passion,

            – Prends pitié de nous et du monde entier

À la fin, trois fois:

            – Dieu saint, Dieu fort, Dieu éternel,

            – Prends pitié de nous et du monde entier.

Laissons encore parler sainte Faustine: “Ô Dieu inconcevable, mon cœur se liquéfie dans la joie à la pensée que Tu m’as laissée pénétrer dans le mystère de ta Miséricorde. Tout commence par ta Miséricorde et se termine par ta Miséricorde. Toute grâce découle de la Miséricorde et la dernière heure est pleine de Miséricorde pour nous. Que personne ne doute de la bonté de Dieu; nos péchés seraient-ils noirs comme la nuit, la Miséricorde de Dieu est plus forte que notre misère. Une seule chose est nécessaire, la Miséricorde divine, et Dieu fera le reste. Mais malheur à l’âme qui a fermé la porte à la miséricorde divine, même à la dernière heure. Ces âmes-là ont plongé Jésus dans une mortelle tristesse au Jardin des Oliviers, et cependant la Miséricorde de Dieu a jailli de son Cœur très compatissant. (1506-1507)... La fête de la Miséricorde a jailli des entrailles de Jésus pour la consolation du monde entier.” (1517)

5-5-Les désirs du Père, volonté de Dieu

La volonté du Père à l’égard du Fils

Jésus est uni au Père dans un Amour de valeur infinie. Cette union se manifeste par l’union totale des volontés du Père et du Fils: “Me voici, ô Père, pour faire Ta volonté.”  La volonté du Père a guidé toute la vie du Fils. “Lorsque Je suis venu sur la terre, Moi, le Christ, j’ai obéi parfaitement à l’Amour: Dieu le Père. En cela “J’ai été” l’abandon parfait, de sorte que le Père vivait en moi et Moi en Lui.  (Françoise)

La volonté du Père envers les hommes

La volonté du Père, c’est que tous les hommes soient sauvés par l’offrande amoureuse du Sacrifice du Fils: “Dieu a tant aimé les hommes qu’Il a donné son Fils unique afin que tout homme qui croit ait la vie éternelle.” 

Mais Dieu veut pour cela, des cœurs ouverts...

Jésus donne la soif de Dieu à toutes les âmes qui le désirent, en fonction de l’ouverture de leurs cœurs à la grâce divine. Mais qu’est-ce que l’ouverture du cœur? “L’ouverture du cœur, c’est un cœur humble et simple, qui ne comprend que l’Amour et ne vit que par Lui... car la grâce de la soif de Dieu entre seulement dans un cœur dépouillé de tout, n’ayant aucune passion sur la terre.” Cela n’a rien à voir avec de l’égoïsme. En effet “l’âme doit d’abord adorer son Dieu... Ainsi seulement lorsque l’âme demeure en Moi et Moi en elle, Je peux lui apprendre à aimer parfaitement les autres âmes et exercer le bien. C’est la voie des humbles et des petits qui ne se sentent capables de rien.”  (Françoise)

Dieu nous donne l’Amour mais Il veut que nous L’aimions. Jésus parle: “Dieu est Amour: en créant l’âme, Il crée le désir d’aimer avec d’infinies nuances, en chaque être... L’âme souhaite cela: aimer et être aimée, c’est-à-dire vivre en Dieu... Aimer et être aimée: tout cela est compris dans mon Amour. Mais priez pour avoir la grâce de désirer l’Amour... Quand l’âme ouvre son cœur à l’Amour, rien ne peut arrêter l’élan de son créateur envers elle... “  Quand Jésus donne son Amour à une âme, Il lui donne aussi l’union avec Son Cœur Sacré autant qu’elle le désire. Il lui demande, en échange, de consoler son Cœur et de faire connaître Sa soif d’être aimé des hommes.

... et des cœurs abandonnés

L’abandon à Dieu devrait être l’attitude naturelle et normale de tous ceux qui L’aiment. Pourtant cette vertu est une des plus difficiles à vivre. Jésus le sait bien qui demande, à ceux qui L’aiment et qu’Il aime l’abandon total à sa volonté; aussi explique-t-Il longuement ce qu’Il entend par l’abandon: C’est dans l’abandon total que se réalise l’union de Dieu avec sa créature; c’est par l’abandon en pleine confiance que Je peux emmener ma créature dans mon Sacré-Cœur, en la faisant entrer dans le mystère de la communion d’Amour.” (Message de conversion des cœurs - Françoise)

Quand tu seras tellement abandonnée, tu ne douteras plus de ma passion pour toi... Comment faire? Ouvrir les yeux en Me laissant faire... Croire et vivre en Dieu, cela signifie que tu t’abandonnes entièrement au bonheur d’être possédée de Dieu.”  (Françoise)

L’Amour de Dieu pour les hommes, il faut y répondre, le faire connaître et le partager, car: “Lorsqu’Il reçoit de l’amour d’une âme, Dieu le fait retomber en pluie bienfaisante sur l’humanité... (Françoise)  

Enfin Dieu nous donne sa paix

“Etre en paix, c’est te réjouir de l’Amour de Dieu pour toi. C’est avoir foi en la Miséricorde infinie, en la bonté suprême... C’est te sentir possédée par Dieu, dès lors que ton cœur Le cherche...Si tu essaie d’ouvrir les yeux en ne doutant plus de mes bienfaits immenses, tu parviendras à regarder Mon Cœur Sacré dans sa plénitude d’Amour...” (Françoise)

5-6-L’Eucharistie, don du Cœur du Père

Jésus-Christ, c’est le Verbe de Dieu, “le Fils manifesté dans la chair.” Or, c’est le Fils qui est présent dans l’Eucharistie. La communion eucharistique nous établit donc au cœur même de la Vie trinitaire: “Là où est le Fils, là est le Père, là est le Saint-Esprit.”  Dans l’Eucharistie, le Fils nous révèle le Père, et toute la richesse du Sacrifice du Christ auquel nous participons est un don du Père: “C’est le Père qui vous le donne, le pain du ciel.” Cela, nous ne pouvons le comprendre que grâce au Saint-Esprit, “le Paraclet”, que Jésus monté au Ciel nous envoie et qui doit nous enseigner toutes choses.

Dieu est Amour. L’Amour du Cœur du Christ n’est qu’une participation à l’Amour même de Dieu. Nous ne pouvons communier au Cœur du Christ, au Cœur Eucharistique, sans recevoir le don de l’Amour même qui est Dieu, sans communier à la Vie trinitaire elle-même.

“C’est par le don de l’Eucharistie que le Cœur de Jésus se manifeste à l’Église et agit dans le monde en vue de conduire tous les hommes à l’éternelle et inamissible contemplation de son Amour pour le Père, dans l’unité de l’Esprit.” C’est l’aspect trinitaire du Cœur Eucharistique qui est ainsi mis en valeur. “En honorant, même liturgiquement, le Cœur Eucharistique de Jésus, l’Église veut aimer, louer et adorer le double acte d’Amour -divin  et humain, incréé et créé, éternel et temporel- par lequel le Verbe humanisé a décidé d’appliquer pour toujours, au soir de la Cène, les fruits de son Sacrifice rédempteur en le pérennisant au cours de l’histoire, et de s’incorporer de cette façon l’humanité, dans la puissance de son Esprit, pour la Gloire de son Père.”

Le Verbe de Dieu veut l’Eucharistie et devient le Cœur Eucharistique de Jésus. Cet Acte d’Amour suprême, éternel et infini, inséré dans la volonté créatrice et rédemptrice de Celui qui est le Fils unique, sans cesse tourné vers le Père et recevant tout de Lui, est un acte divin: c’est l’acte unique de la Trinité indivisible.[14] (Histoire doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus - tome 2 - Bertrand de Margerie)

Le Cœur du Messie -humain et divin- est soumis au Dieu qui l’envoie (psaume 38), Il s’offre dans une angoisse mortelle (psaumes 21 et 68) et éclate d’une sainte allégresse (psaume 15) 

Le culte[15] du Cœur de Jésus veut rendre un religieux hommage, par l’Amour et dans l’Amour, à l’Amour qui est Dieu, au Dieu-Amour:” Le culte du Sacré-Cœur de Jésus consiste à honorer l’Amour de Dieu pour nous, et a ce Dieu pour objet, afin de L'adorer, de Lui rendre grâce, de L’imiter, et Il tend à amener à son absolue perfection l’amour qui nous unit à Dieu et aux autres hommes en nous faisant mieux pratiquer, de jour en jour, le commandement nouveau et propre du Christ: aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés.”  .

5-7-Le Cœur du Père

Le Cœur du Père, c’est ce qui anime Jésus, et parfois, à Josefa, Jésus laisse entrevoir l’Amour qui unit le Père et le Fils: “Allons nous offrir comme victimes à mon Père Éternel. Prosternons-nous avec un profond respect en sa Présence... Adorons-Le... Présentons notre soif de sa Gloire... et toi, offre et répare en union avec la divine Victime.” Car l’homme, par son péché s’est séparé de Dieu et seul le sacrifice douloureux du Fils pouvait apaiser la colère du Père. Aussi est-ce parfois une prière douloureuse que le Fils adresse au Père: “Mon Dieu et mon Père! Que ma Solitude douloureuse Vous glorifie! Que ma patience et ma soumission Vous apaisent! Ne déchargez pas votre juste Colère sur les âmes! mais regardez votre Fils... Voyez ses Mains liées par les chaînes dont le chargèrent les bourreaux. Au nom de la patience admirable avec laquelle Il supporta tant de supplices, pardonnez aux âmes, soutenez-les, ne les laissez pas succomber sous le poids de leur faiblesse. Accompagnez-les dans leurs heures de ‘prison’, et donnez-leur la force de supporter les peines et les misères de la vie avec une entière soumission à votre sainte et adorable Volonté.”

A leur tour, ce n’est que par le sacrifice que les âmes peuvent être utiles. (1358) Le Seigneur fit comprendre à Sœur Faustine que l’âme la plus parfaite et la plus sainte est celle qui fait la volonté du Père... Il regarde avec un amour particulier l’âme qui vit de sa volonté. (603) Jésus lui montra “des âmes pures et innocentes sur lesquelles Dieu exerce Sa justice, et ces âmes sont des victimes qui soutiennent le monde et complètent ce qui manquait à la Passion de Jésus; ces âmes ne sont pas nombreuses...(604)

Conclusion

Quand le Père parle du Fils, Il insiste sur leur unicité. Quand le Fils parle du Père, Il déclare: “Le Père et Moi, nous sommes UN.” L’amour vient du cœur. Le Cœur du Père est Amour; le Cœur du Fils est Amour. L’Amour du Père pour le Fils et l’Amour du Fils pour le Père sont un seul et même Amour, tellement intense et puissant que cet Amour unique est une Personne divine, l’Esprit d’Amour du Père et du Fils, l’Esprit-Saint.

Un seul Dieu, trois Personnes. Un seul Amour, celui du Père et du Fils, et par conséquent, un seul Cœur, le Cœur de Dieu, c’est-à-dire le Cœur de la très Sainte Trinité.

Une seule conclusion s’impose: le Cœur du Fils, c’est le Cœur du Père. En nous révélant son Cœur, son Sacré-Cœur, c’est le Cœur du Père que Jésus nous révélait, car le Cœur du Père et le Cœur du Fils, c’est un seul Cœur, les deux Cœurs n’en sont qu’UN. 

Bibliographie

-ANGELE DE FOLIGNO, “Le Livre d’Angèle de Foligno”,  Traduction de Jean-François Godet d’après les textes originaux - Éditions Jérôme MILLON, à Grenoble (1995)

-BERNARD de Clairvaux, “Œuvres mystiques de Saint Bernard” -  Traduction d’Albert Béguin -  Éditions du SEUIL  (1953)

-BOISSARD Charles, “La vie et le Message de MADAME ROYER (1841-1924) - Édité par Pierre TÉQUI

-BRIGITTE de Suède, “Sainte et prophète”, présentée par Aron Anderson - Éditions du PARVIS (1987)

Concernant les révélations de Sainte Brigitte de Suède, on peut aussi consulter les “Révélations”  -  Introduction de Frère EPHRAIM - Éditions du Lion de Juda

-BRINCARD (Mg Henri) , Évêque du Puy en Velay  “LE CŒUR EUCHARISTIQUE” - Approches théologiques”  

-CATHERINE de Sienne, “Le livre des Dialogues de Sainte Catherine de Sienne” - Traduction de Louis-Paul Guigues - Éditions du SEUIL

-CONSOLATA BETRONE, “Jésus parle au monde”, présenté par P. Lorenzo Sales - Éditions du PARVIS.

-De MARGERIE Bertrand, “Histoire doctrinale du culte au Cœur de Jésus” - Tome 1 “Premières Lumières sur l’Amour” -  Édité chez MAME

-De MARGERIE Bertrand “Histoire doctrinale du culte au Cœur de Jésus” - Tome 2 “L’Amour devenu Lumière(s)” -  Éditions SAINT-PAUL

-FAUSTINE KOWALSKA, “Petit journal, la Miséricorde divine dans mon âme” - Éditions du DIALOGUE

-FRANCOIS de SALES, “Traité de l’Amour de Dieu”  (Livres I à VI) - Éditions du SEUIL

-FRANCOIS de SALES, “Traité de l’Amour de Dieu”  (Livres VII à XII) - Éditions du SEUIL

-FRANCOISE, “Messages de Conversion des Cœurs” - Éditions du PARVIS

-GALOT Jean “LE CŒUR EUCHARISTIQUE” - Édité par Pierre TÉQUI

-Sainte GERTRUDE “Initiation à Sainte Gertrude”,  Sœur Marie-Pascale - Les Éditions du CERF (1995)

Pour les œuvres de Sainte Gertrude, on peut consulter aussi “Le Héraut de l’Amour divin”  - Livre III Chapitre LXV - Les Éditions du Cerf (1968)

-GLOTIN Édouard S.J  “Le Cœur de JÉSUS - Approches anciennes et nouvelles” - Collection Vie Consacrée 1997, 61 rue de Bruxelles-5000 Namur

-GOURMONT Robert de, ”Le CŒUR EUCHARISTIQUE du Sauveur” - Édité par Pierre TÉQUI

-JOSEFA MENÉNDEZ, “Un appel à l’Amour” -  Édité par l’Œuvre du SACRÉ-CŒUR, 9 rue des Feuillants, 86000 Poitiers.

-LA COLOMBIERE Claude “Écrits Spirituels” - Édité par DESCLÉE de BROUWER BELLARMIN

-LEBRUN Ch. “Le Bienheureux JEAN EUDES, et le culte public du Cœur de Jésus” - Édité par P. LETHIEULLEUX, Libraire-Éditeur.

-LUCIE “Le Grand Message de la Croix” - Édité par Pierre TÉQUI

-MARGUERITE-MARIE (Vie et Œuvres de Sainte Marguerite-Marie)  Monastère de la Visitation - Éditions SAINT-PAUL - tomes 1 et 2

-MILCENT Paul, “Saint JEAN EUDES - Un artisan du Renouveau chrétien au XVII siècle” - Éditions du CERF

-SEVRAY Marie, “Divins Appels” - Éditions du PARVIS

-VASSULA, “La vraie vie en Dieu” -supplément 10 - Éditions du PARVIS

Paulette Leblanc


[1] Saint Bernard-Commentaire du Cantique des cantiques.

[2] Cité par Sœur Pascale, dans l’initiation à Sainte Gertrude, publié par les Éditions du Cerf

[3] Extraits du livre: “Le Grand Message de la Croix - Paix, amour, Joie - 1981-1984” de Lucie - Publié chez Téqui   Voir la bibliographie page 49

[4] Pour toutes les citations, voir la bibliographie, page 49

[5] Extraits du Livre: “La vraie Vie en Dieu” - supplément 10 - Publié par les Éditions du Parvis.

[6] Traité de l’Obéissance

[7] Traité de l’Oraison

[8] Traité de l’Oraison-Chapitre 100

[9] Traité de la Providence

[10] Traité de la Providence

[11] Traité de l’Obéissance

[12] Ce n’est pas à la personne que le respect est dû aux prêtres, mais à l’autorité qui leur est conférée.

[13] Extrait du Livre de Lucie, publié en 1991,  par les Éditions Téqui ,  “Le grand  message de la croix” (page 29 )

[14]  Bertrand de Margerie,  Histoire  doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus - tome 2   page 242

[15] “Histoire doctrinale du culte envers le Cœur de Jésus”  -tome 2 page 121.

 

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