LA PENTECÔTE

Les apôtres prient avec Marie. Tous les jours Marie-Madeleine, Marthe ou d'autres saintes femmes leur apportent de quoi manger, car elles ont bien compris, elles aussi, qu'ils devaient rester là, tous ensemble, à attendre l'Esprit que Jésus leur avait promis... Les apôtres prient avec Marie. Ils sont de nouveau douze car Mathias est venu les rejoindre. Les douze apôtres et Marie ou bien se taisent ou bien ne parlent que de Jésus: depuis dix jours les apôtres ont appris à écouter Marie, ou à se taire, à prier en silence, à méditer et à faire oraison comme Jésus leur a appris. D'ailleurs, avec Marie présente au milieu d'eux, qu'auraient-ils pu faire d'autre que de se taire ou de L'écouter?

Jean Restout: La Pentecôte (détail)

En ce moment, les apôtres prient, quand soudain se manifestent un grand bruit et un grand vent. Que se passe-t-il? Pourtant la salle du Cénacle est bien fermée car les apôtres ont toujours peur des juifs et de tous ces gens de la Diaspora, qui depuis la Pâque ont envahi Jérusalem. Le vent souffle toujours dans l'enceinte de la salle. Les apôtres se sont regroupés autour de Marie qui ne semble pas du tout effrayée mais sourit merveilleusement. Les apôtres regardent Marie et l'étonnante lumière qui l'enveloppe, lumière puissante qui pourtant n'éblouit pas. Les apôtres baignent eux aussi dans l'étrange lumière; ils se regardent et regardent Marie. La lumière paraît toute spirituelle, d'un autre monde et pourtant on dirait une boule de feu, mais d'un feu qui ne brûle pas, n'embrasant que les cœurs et les esprits. Car le cœur des apôtres brûle de l'amour qu'ils ressentaient déjà quand Jésus était avec eux. Mais cet amour aujourd'hui éclaire leur intelligence: soudain ils comprennent tout ce que Jésus leur enseignait, tout devient clair, lumineux... Vite il faut sortir et annoncer à tout le peuple la Bonne Nouvelle de Jésus.

Les Actes des Apôtres nous racontent tout ce qui se passa ensuite. Le premier jour il y eut 3000 baptêmes. Les jours suivants la Parole des apôtres, en fait celle de Jésus, était toujours accueillie avec joie. Et la charité, l'union des cœurs, la générosité grandissaient dans la première société chrétienne. Mais, en ce qui concerne l'Eucharistie, les Actes sont presque muets. Au chapitre 2, versets 42 et suivants, il est juste dit: "Ils persévéraient dans l'assiduité à l'enseignement des apôtres, l'union mutuelle et la fraction du pain... Chaque jour ils étaient d'un même cœur assidus au Temple; ils rompaient le pain dans leurs maisons, et prenaient leur nourriture dans la joie et la simplicité de cœur, louant Dieu..."

Que conclure? Qu'ont fait les apôtres après la Pentecôte. Il semble que très rapidement les baptisés se soient réunis fréquemment, pour rompre le pain, donc pour assister à l'Eucharistie. Il n'y avait pas encore de liturgie, mais ils priaient assidûment et rencontraient le Seigneur. Pourquoi ne rien dire de plus? Probablement parce que la chose était devenue tellement naturelle que les apôtres ne pensèrent pas utile d'entrer davantage dans les détails.

Par contre, Paul, en contact avec les païens, dont la vie était loin d'être conforme à la Loi de Dieu qui pourtant ne devrait jamais être détruite, Paul, constatant les déviations, les manques de charité ainsi que le manque de respect envers le Corps du Seigneur, dut repartir de zéro et raconter en détail ce qui se passa le soir du Jeudi-Saint. Ainsi, dans sa première Lettre aux Corinthiens, chapitre 11, verset 20 à 30, il écrit: "Lors donc que vous vous réunissez ce n'est plus le repas du Seigneur que vous célébrez; car, à table, chacun commence par prendre son propre repas, en sorte que certains ont faim, tandis que d'autres se gorgent. N'avez-vous pas des maisons pour y manger et boire? Ou méprisez-vous l'Église de Dieu, et voulez-vous faire un affront à ceux qui n'ont rien? Que vous dirai-je? Que je vous loue? Non, je ne vous loue point en cela." Et Paul dut insister: "Que chacun donc s'éprouve soi-même et qu'alors il mange de ce pain et boive à cette coupe; car quiconque mange et boit sans discerner le Corps du Seigneur, mange et boit sa propre condamnation..." Au moins, c'est clair!

C'est clair pour nous qui vivons de l'Eucharistie depuis vingt siècles. Mais pour les premiers chrétiens issus des milieux païens, ce l'était beaucoup moins, et saint Paul, comme nous venons de le voir, dut intervenir à plusieurs reprises. Je me permettrai cependant une petite question: saint Paul a écrit: "quiconque mange et boit sans discernement le Corps du Seigneur, mange et boit sa propre condamnation." Les foules qui, actuellement se précipitent pour aller communier, sont-elles en état de grâces? Un enseignement concernant la façon de recevoir l'Eucharistie ne devrait-il pas être donné et redonné aux fidèles qui ne savent plus ce qu'ils font?

Paulette Leblanc

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